14.07.2009
La Nuit, I.IX
CHAPITRE NEUF
Les lunettes du Professeur Morgenstern
Sous mes doigts la texture souple du taffetas. J'ignore la peur. Je monte les escaliers pour le voir, il est là quelque part à l'étage, les domestiques l'ont transporté, ballotté, saisi, doucement, délicatement pour qu'il ne tombe pas. Je presse ma crinoline, au-dessous de la taille, morceau de tissu apaisant, doux et soyeux. Je donne des ordres, on ne me contredit jamais. J'inspire le dévouement. J'ai vu ce qui s'est passé, j'ai été surprise. Ne pas lui dire, ne pas lui avouer que j'ai tout vu. Poser des questions indirectes. Indiscrètes. Pour savoir. Je veux savoir, je veux tout savoir, je veux connaître son secret. Il en a un finalement et je m'en doutais. On ne me confie pas la tâche d'espionner les gens pour rien. Je suis la meilleure. Quoique je fasse je me renseigne, je suis avide. Je joue le jeu. Je gagne à tous les coups. J'ai ce que je veux, toujours. Je touche ma robe, je serre le tissu et cela m'emporte ailleurs, au plus profond de ma mémoire, quand j'avais 20 ans, quand j'ai commencé à emmagasiner des tas d'informations monnayables, quand j'ai saisi les cordes du pouvoir. Jamais je n'ai échoué, je suis la meilleure. Je donne le change, je donne ce qu'on désire que je donne, je me donne parfois mais je fini toujours par avoir ce que je désire. Avoir. Savoir. Vouloir. Je veux, je veux effrontément, on ne me résiste plus bien longtemps, tant est si bien que je n'ai plus d'adversaires à ma taille. Je sais employer les grands moyens sans m'avilir inutilement, une parfaite petite-maîtresse. Et ce, partout où je vais. Je suis partout, je sais tout. Je parle 15 langues, mon éducation a été la clé de mon ouvrage. Je serre le tissu. Il ne faut pas que je froisse ma robe, une si jolie robe. J'avance toujours. tout le monde est en bas. Il était plus sûr de le transporter à l'étage, je ne voudrais pas que d'autres sachent ce que je sais à présent. Qui l'envoie ? Qui est derrière tout ça ? Comme si ce n'était pas déjà assez compliqué. Il y a des espions partout ici. Des observateurs. Comme si les Sœurs du Rêve n'étaient pas un obstacle assez difficile à dérouter. Elle était là, je l'ai vue aussi. Elle était dans le miroir. Bloquer les issues, cacher les miroirs. Par chance une chambre n'en possède pas. Il est isolé. Il est souffrant. Je veux savoir. Je veux tout savoir. Il va tout me dire, peu importe le temps qu'il faudra mais je veux faire un rapport qui étonnera tout le monde. Et je serai bien payée même si je n'ai plus besoin de rien. Que cette étoffe est douce. Plus que quelques mètres et me voici devant la porte. J'irai jusqu'au bout. Je n'échouerai pas. Je n'échoue jamais. Ma beauté est le bras de ma volonté, plus haute que toutes les passions du monde.
***
On sonna. Douze, qui était descendue alla dans le hall et ouvrit la porte. Un visage souriant arborant de belles joues bien rouges lui apparut, un chapeau sans forme servait de couvre-chef à l'homme qui se tenait devant elle. Il l'enleva prestement et s'inclina légèrement.
— Je suis le Professeur Morgenstern, mon ami Monsieur Raphaël m'avait convié à passer mais je ne pouvais me libérer avant minuit. J'imagine que votre maîtresse, la Comtesse du Tapis Rouge de Sixte a elle aussi été prévenue.
— Bien sûr monsieur, soyez le bienvenu, entrez, je vais vous débarrasser.
Le Professeur entra d'un pas alerte et donna son manteau et son chapeau à la domestique qui lui indiqua les escaliers.
— Vous trouverez Monsieur Raphaël dans le salon avec les hôtes. On vous servira une boisson.
Quelques minutes plus tard, le Professeur était assis sur un confortable fauteuil, entouré des convives de cette fête qui s'était soldée par l'évanouissement de Vladimir de Valeska. Chacun avait repris ses esprits suite à la confusion qu'avait engendré ce malheureux incident et tous buvaient punchs, cordiaux et tisanes brûlantes aux vertus rassérénantes, assis sur de confortables fauteuils ou à proximité du foyer. Le Professeur prit le soin de se présenter mais tous semblaient avoir déjà entendu parler de lui comme d'un personnage singulier aux multiples talents. Certains avançaient qu'ils s'intéressait à la magie, d'autres à la géographie et aux machines volantes. Sa culture était réputée mais on disait aussi qu'il avait été chassé des principales facultés scientifiques des grandes capitales européennes où ses théories étaient apparues “farfelues”, “surannées” et “pas du tout rationnelles”. À part Monsieur Raphaël tout le monde ignorait que sa présence dans la capitale du Rêve était due à la réception quelques mois plus tôt d'une lettre du Gouverneur lui demandant de le rejoindre afin de le rencontrer. Réalisant sans doute qu'il n'y avait rien de bon à se battre contre de purs esprits cartésiens Morgenstern avait fini par sauter sur l'occasion et dans une diligence qui lui fit traverser de nombreux pays afin de parvenir quelques jours plus tôt à Perle.
— Je viens de chez le Gouverneur qui a donné une fête remarquable ce soir, mais j'ose penser que vous avez fêté Sviata Vetcheria d'aussi aimable façon. J'ai de grandes nouvelles en ce qui concerne les recherches de la cité, les Sœurs du Rêve ont trouvé mon exposé très intéressant et elles ont appuyés ma nomination au Ministère des Sciences en tant qu'observateur officiel et cela, sans flatteries inutiles j'aime autant le préciser. En outre le Gouverneur est ravi des avancements du pays et de ses progrès. Nous avons aussi vu quelques plans et projets de ce que sera Perle demain. Une période de prospérité s'annonce mes amis !
Les invités écoutèrent le Professeur avec beaucoup d'attention, certains posèrent des questions sur les projets en cours mais Morgenstern ne pu rien révéler de concret. Monsieur Raphaël posa des questions sur les ouvrages envoyés à la Grande Bibilothèque et il eu comme réponse que des merveilles arrivaient chaque jour de tous les pays d'Europe et que tout était mis en lieu sûr afin d'être classé, archivé, rangé, étudié et conservé.
Mademoiselle Scheiterhaufen prit un air renfrogné à cette annonce mais ne pu protester car Cadiot posa de nouvelles questions au sujet des projets du Gouverneur, s'excusant au passage d'être journaliste. Le Professeur, très enjoué, précisa à nouveau que ce qu'il disait n'avait pas de valeur officielle et qu'il ne pouvait en aucun cas parler de projets qui n'appartenaient qu'au Gouverneur et qui, à priori, seraient annoncés par lui-même dans les jours qui venaient.
— Nous célébrerons 1830 et nous nous en souviendrons, c'est tout ce que je peux dire. Le pays se porte bien, nous sommes en paix avec nos voisins et la présence des Sœurs du Rêve nous inspire à aller de l'avant. Nous allons construire des manufactures, avoir une économie encore plus florissante, agrandir Perle… hum… je crois que j'en dis déjà suffisamment comme ça…
Louise-Émilie profita de l'occasion que Laetitia soit absente pour prendre la parole et relancer la discussion qui avait été interrompue ci-avant.
— Monsieur, je suis sensible à tout ce que vous dîtes, mais simplement, en deux mots, vous n'avez pas l'impression que ce pays est en train de grappiller tout ce qu'il reste à la pauvre Europe après les guerres qui l'ont ravagée ?
— Oh… mais Mademoiselle… (le Professeur sembla sensible à la joliesse de son interlocutrice quand il se tourna vers elle) le Rêve est un pays fort jeune, il ne possède pas l'unité des grandes nations, j'en suis bien conscient Il ne possède pas l'histoire de ces peuples millénaires, il a surgit ex-nihilo et le Gouverneur a toujours parlé de paix et incité les voyageurs à venir faire découvrir leur culture. Connaît-on plusieurs pays en Europe à fêter Noël deux fois de suite ? À ouvrir ses bras à…
— Aux riches et aux aristocrates ? compléta Louise-Émilie d'une moue dédaigneuse. Le Rêve est un pays sans partis politiques, c'est presque une théocratie. Une pyramide. Sauf qu'en dessous du Gouverneur il y a bien peu de choses, ce pays porte bien son nom si vous voulez mon avis !
Cadiot fit semblant de réfléchir et opina du chef tandis qu'Alexandre Saint-Georges du Valens tenta de désamorcer un débat qui s'annonçait des plus acides.
— Je crois mademoiselle qu'il faut peut-être laisser le temps à ce pays de se réaliser, de se construire, de s'affirmer, sa politique extérieure a toujours été des plus pacifiques comme le dit le Professeur Morgenstern. C'est bien la première fois qu'un état se créé à partir de rien et sans guerre ni trouble, c'est déjà un tour de force en soi.
— Monsieur croyez bien que je suis sensible à tout ceci et je suis venue animée de la plus grande des curiosités, une chose me chagrine cependant. (Et Louise-Émilie eut un sourire narquois).
Piotr s'empressa de demander quelle était cette chose.
— Hé bien, c'est fort simple. Il n'y a pas vraiment de citoyens du Rêve. Pour le moment j'ai entendu dire que ce pays est totalement ouvert aux visiteurs mais ne pratique pas beaucoup la naturalisation. Un pays qui n'a pas d'histoire n'a pas d'habitants. Nous sommes dans une impossibilité. Ce pays est une impossibilité en soi. Tout revient à dire que nous participons à une mascarade. Je vais même vous dire plus, ce pays est une espèce de vampire qui est en train d'affaiblir toute l'Europe. Il s'abreuve de nos cultures, fait voyager les aristocrates, les riches, les propriétaires, il est en train d'affoler les bourses et chacun souhaite un petit morceau de cette utopie. Et que produit le Rêve ? Quelle est sa marque de fabrique ? Le plaisir ? La paix ? Le progrès ? Moi je vais vous dire ce que ça suscite et ce n'est pas très bon, ça engendre l'envie, l'envie de quitter sa patrie, ça donne envie de se déraciner, d'abandonner sa propre histoire…
— Mais vous avez raison !
La voix de Laetitia surgit du fin fond du salon faisant l'effet d'un coup de fouet. Pourtant la phrase avait été lancée avec calme mais avec suffisamment de truculence pour signaler qu'elle était de retour parmi les invités. La Comtesse s'approcha du groupe et salua d'une révérence le Professeur qui s'écarta pour la laisser passer.
— Vous avez tout à fait raison Mademoiselle, ce pays stimule nos sens, il nous donne l'opportunité de contempler ce qu'il y a de mieux, de plus beau, les choses qu'on ne doit pas perdre dans tous les autres pays parce que justement il y a bien trop de guerres, ce pays est un conservatoire, un musée et on ne vit pas dans le musées, on les visite.
Cadiot prit la parole, ravi de pouvoir se faire remarquer, sans contredire la Comtesse ni infirmer ce que disait Louise-Émilie il se permit d'ajouter :
— Peut-être devrions-nous considérer tout ceci sous un autre angle, après tout l'Europe est assez grande et assez puissante pour décider d'elle-même ce qu'elle doit faire de son patrimoine, les trésors inestimables de sa culture sont encore en place, il n'a jamais été question d'acquérir le Colisée ou le Louvre, il ne s'agit que de maisons, d'habitations, de pièces architecturales ici et là…
— Et de livres, de peintures, de sculptures, précisa Louise-Émilie. Si tout ce qui donne un sens à l'histoire européenne se trouve déplacé ici qu'aura l'Europe pour expliquer son existence ?
— Elle créera de nouvelles guerres, lança Laetitia d'un air sournois. Ah ! Vous pensez bien qu'un jour un nouveau dictateur aura envie de s'approprier tout ce qui est ici en sécurité ! Et je pense qu'il sera bien reçu. C'est par amour de l'art et de la culture que le Gouverneur acquiert toutes ces collections, et peut-être même pour les protéger.
— Mais vous êtes en train d'avouer que vous laisseriez la suprématie sur l'Europe à un pays qui n'a qu'un seul habitant ? C'est penser que l'argent achète tout.
Piotr maugréa.
— Il achète tout et suscite les envies des plus puissants.
Le Professeur se permit d'interrompre tout le monde.
— Allons, tout ceci est une question de temps, peut-être que les choses ne tourneront pas si mal, peut-être que cette paix et cette puissance inspireront les pays les plus touchés par la guerre ou la maladie, si le Rêve voit son existence se prolonger il deviendra peut-être le promoteur d'une nouvelle Europe, plus unie et plus forte. Croyez-moi j'ai parlé avec le Gouverneur, c'est un homme sage qui ne nourrit aucun sentiment belliqueux…
Laetitia ne put s'empêcher de lancer à nouveau son grain de sel.
— Oui, absolument, comparez tout ceci avec l'époque romaine, quand César est arrivé il a tué, pillé, massacré, saccagé, il a essayé de faire apprendre le latin à tout le monde et au final en quelques années tous les hommes portaient des jupes. Si vous appelez ça un progrès ! Et puis comme personne n'habite véritablement le Rêve voilà un pays qui n'enverra pas ses sujets à la guerre.
— Je ne peux vous empêcher d'ironiser, cela ne m'empêchera pas de m'inquiéter…
Laetitia s'approcha alors de Louise-Émilie et lui prit la main.
— Mademoiselle Scheiterhaufen, nous avons le même âge et le même espoir d'une Europe tournant le dos à la barbarie croyez-moi, je suis sensible à vos inquiétudes et, comme vous, je suis venue pour me rendre compte par moi-même de la réalité de ce pays. Pour le moment je n'ai rien vu qui m'ait paru contre-nature ou susceptible d'ébranler notre continent. Je n'ai vu que le désir de voir prospérer un pays qui manque d'histoire sans pour autant se vanter de la voler ailleurs. Je crois que nous avons tous le souffle un peu court devant tant de beautés et peut-être que c'est très bien de nous rappeler que toutes ces merveilles proviennent de notre monde à nous, de Prusse, de France, d'Italie, d'Espagne, d'Angleterre, de Russie… Je crois aussi que l'argent donné par le Gouverneur peut aider les états qui ne sont pas du tout contraints de céder leurs biens mais le font avec intelligence. Et puis on peut penser que la fortune du Gouverneur n'est pas extensible à l'infini, il ne possède pas la corne d'abondance. Ce n'est qu'un homme qui a ses limites aussi. Je suis ravie que vous ayez songé à reprendre cette discussion pendant mon absence car nous arriverons bien à nous entendre. Je ne cherche pas à vous rassurer mais simplement à vous faire considérer les choses sous un autre angle. Personne n'a de réponses à ces questions, peut-être avez-vous raison d'ailleurs mais il est trop tôt pour se faire une idée. Ne crions pas trop vite au loup.
Le Professeur, souriant à la tirade doucereuse de la Comtesse, ajouta :
— Le plus important est de ne pas perdre de vue les trésors culturels achetés par le Rêve, qu'ils soient protégés ici ou ailleurs n'est pas très important, du moment qu'ils ne dénudent pas ceux qui s'en séparent. En outre le Gouverneur a promis dans certains cas de les laisser à la disposition des pays qui s'en sont dessaisis…
Louise-Émilie Scheiterhaufen sourit de bonne grâce et sembla s'apaiser face à ce discours plein de bon sens, ce qui détendit d'autant l'atmosphère du salon où on apportait quelques petits fours et on commençait à servir thé, café et punchs. Les invités se séparèrent en petits groupes et les discussions futiles reprirent le plus naturellement du monde. Małgorzata parlait avec Piotr et commenta de façon très personnelle la discussion qui venait de se produire :
— Laetitia a toujours le dernier mot, c'est un génie pour ça, elle sait débuter une conversation ou l'achever en trois mots et coupe court à toute élégie ou irritation mondaine. La rhétorique, chez elle, n'est pas une nature de convention. Pour ma part j'ai mieux perçu les intentions de cette farouche prussienne, elles me semblent louables et joliment tragiques… En même temps je parle d'intentions mais il n'en est pas question Piotr, enfin vous savez on peut gloser sans s'arrêter il n'y a pas de solutions à tout ça, soyons fatalistes après tout, l'Histoire s'écrit en face de nous, sous nos yeux et il faudrait tout arrêter ?
— Mais, mon amie, il n'est pas question d'arrêter mais de lui donner un sens, de comprendre ce qui se passe en Europe actuellement… rétorqua Piotr les yeux brillants.
— Moi ce que je vois c'est qu'on peut en discuter des heures, nous voici dans un pays merveilleux où la guerre n'existe pas, ceci suffit à mon bonheur, je parle même avec un Russe en ce moment, que voulez-vous de plus ? Je crois que le Rêve nous demande le meilleur de nous-mêmes et que nous ne devons pas le décevoir.
— Parfois j'ai l'impression tout de même qu'on fait un peu trop confiance au hasard…
— Qu'est-ce que le hasard Piotr ? N'est-ce pas ce principe ludique qui nous arrache à la nécessité ? Notre nouvelle nécessité ne devient-elle pas alors celle de se laisser porter sans laisser place au verbiage ?
Elle se tourna vers Laetitia et lui fit signe de s'approcher. La Comtesse qui parlait à présent au Professeur et à Monsieur Raphaël s'excusa auprès d'eux, leur promettant de revenir très vite.
— Je pense que Piotr et moi-même aimerions avoir quelques nouvelles de Monsieur de Valeska, comment va-til ?
La Comtesse toussota et répondit :
— Il se repose à l'étage, Douze fait des allers-retours pour voir si tout va bien, je pense qu'il a abusé de la boisson. Il prendra un cordial aux mûres en se réveillant - il faut soigner le mal par le mal n'est-il pas ? - faire chercher un médecin était superflu, ce n'était qu'un malaise qui a coloré cette soirée d'un semblant de drame mais qui est un événement somme toute très fréquent. Vous savez, nous autres grands voyageurs avons l'habitude des excès de table mais il semblerait que Monsieur de Valeska soit de nature fragile et ne soit pas beaucoup sorti de sa Moldavie natale. Comment avez-vous trouvé le dîner ?
La Polonaise et le Russe ne tarirent pas d'éloges quant aux délectables raffinements du repas et discutèrent avec la Comtesse le temps qu'elle s'éclipse à nouveau pour retourner vers les autres invités afin d'échanger quelques mots à tous, elle souriait de façon très particulière à Louise-Émilie et cette dernière sentit bien qu'il s'agissait d'un artifice qui ne cachait pas un manque de complaisance de sa part. La prussienne ne se priva pas pour lui rendre le même rictus de manière discrète mais effrontée. Laetitia donna alors quelques ordres à ses valets, demanda à ce qu'on surveille le feu et invita le Professeur Morgenstern à la suivre jusqu'à un petit salon adjacent.
Une fois seuls ce dernier sortit de sa poche un petit étui et le tendit à Laetitia qui s'en empara immédiatement en piaffant.
— C'est ça ? C'est ça ? Vous avez réussi ? Il me fallait ces précieuses lunettes !
— Oui ce sont elles très chère Comtesse. Elles risquent de vous aider grandement à apprécier vos interlocuteurs si je puis dire.
— Pouvez-vous me dire ce que je dois faire pour les utiliser.
— Hé bien, c'est assez complexe, comme vous allez vous en rendre compte : il suffit de les porter.
— Et ?
— Les couleurs Mademoiselle.
— Mais oui ! Les couleurs ! Rouge ! Vert ! Bleu ! C'est ça ?
— Tout à fait, ce sont des lunettes très spéciales. Une copie de celles apportées au Gouverneur, c'est lui-même qui m'a demandé de les fabriquer.
— Et bien entendu il ne sait pas que j'ai les mêmes ?
— Bien sûr il ne sait pas et je ne tiens pas à ce qu'il le sache. Il n'était pas question que j'en fasse deux paires.
— Vous pouvez compter sur ma discrétion, je suppose qu'elle n'ont pas le même aspect.
— Oui, je vous ai fait des lunettes sur mesures, les vôtres sont plus jolies, regardez cette monture, c'est du métal ciselé et finement ouvragé et j'ai pris soin qu'on grave vos initiales sur les branches à l'intérieur.
— Je vois ça, c'est un travail d'orfèvre. Puis-je les essayer à l'instant ?
— Pour me regarder ? Oui pourquoi pas. Je ne risque rien.
Laetitia sortit les lunettes de l'écrin d'ivoire, les porta à ses yeux et s'écria de manière tonitruante : “C'est vert ! Ah ! C'est fabuleux !”
21:48 Publié dans La Nuit | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









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