15.12.2008
What We Talk About (When We Talk About Love)
Les chroniques de Perle
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Pour Tinker Bell.
Tissia & Vittorio, au grand Musée de Perle.
- Alors comme ça vous êtes amoureux, Vittorio ?
- Mais non !
- Mais si !
- Mais non je n'ai jamais dit ça !
- Oh… allez, ne racontez pas n'importe quoi, on se connaît assez, je sais comment ça se passe avec vous, vous répondez à côté de toutes les questions quand vous pensez à quelqu'un… Vous n'êtes pas là depuis tout à l'heure.
- Mais vous aussi vous répondez souvent à côté !
- Oui mais moi je le fais exprès, c'est une technique ! Et puis c'est moi qui pose toujours les questions avec vous en plus donc votre exemple est idiot.
- Bon vous avez réponse à tout.
- Mais non.
- Mais si !
- (petit silence) Donc vous êtes amoureux ?
- Mais non !
- On ne vas pas continuer comme ça ? À faire "mais non mais si" pendant des heures… Et ne dîtes pas "mais non", dîtes "non", ça suffira. Le mot "mais" suggère que vous émettez vous-mêmes des réserves quand à vos propres perceptions de la chose.
- Je n'ai que ça, des réserves. Je suis réservé, je suis intimidé, je suis…
- Amoureux ?
- Non.
- Bon expliquez-moi alors ? Vous avez l'air bizarre. Détendez-vous ? Vous n'avez pas le choléra quand même, il faut relativiser, c'est pas la peine de tout prendre comme si c'était la fin du monde non plus, oh !
- L'inamoramento vous connaissez ?
- Non mais vous vous fichez de moi là ? C'est un mot que j'ai rapporté d'Italie. De Vérone plus exactement. Si je sais ce que sais ? Bien sûr… J'ai trouvé que c'était charmant. Vous vous sentez attaqué dans votre raison en ce moment ?
- Voilà, je pense que je n'ai pas toute ma raison, c'est ça. Elle est menacée ou plutôt elle est paralysée. Ce n'est plus la raison qui surgit la première même quand je l'implore.
- Alors qu'est-ce ? Les besoins ? Sont-ce vos rêves ? Vous savez… ça ressemble à un autre état : celui que l'on a quand on a un gros souci. En fait on ne fait que d'y penser et puis on n'a pas la tête à autre chose alors on lutte. Et donc on ne pense qu'à ça. Et plus on y pense moins on trouve de solution parce qu'on manque de recul.
- Oui je pense que l'exemple est bon. On est préoccupé, on ressent une gène.
- La raison devrait vous dire que si vous n'avez pas de souci vous ne devriez pas avoir de gène.
- Oui mais la raison, en ce moment, elle s'éclipse un peu.
- Vous aimeriez être totalement raisonnable ?
- Parfois je me dis que ce serait plus simple.
- Et ce serait parfaitement ennuyeux. Bon, vous avez un souci matériel ?
- Nullement.
- Donc vous pensez à quelqu'un ?
- Oui.
- C'est bien on avance, dix minutes pour me dire ça, vous êtes en forme aujourd'hui !
- Oui alors voilà, j'y pense et puis ça disparaît alors j'ai des activités comme avant…
- Comme avant ?
- Oui.
- Avant quoi ?
- Alors là si je le savais ! Non mais c'est ça… Un jour on se lève et tout a changé.
- Oui, moi je me dis ça quand j'ai fait la fête dans ma chambre, les meubles ont bougé, la garde-robe est dévastée… enfin bref, c'est la désorganisation mais en même temps ce n'est pas nouveau, tous mes habits sont là…
- Vous devenez triviale.
- Oui, mais bon ça fait du bien un peu de trivialité de temps en temps, il ne faut pas tout prendre au sérieux ou au pied de la lettre. D'ailleurs on dit au pied de la lettre mais je me demande bien comment une lettre peut avoir un pied, donc vous voyez on parle de choses raisonnables déraisonnablement et on arrive à se comprendre quand même. Il y a une logique à la déraison. Il y a une logique et surtout des causes. La chambre dérangée c'est pour vous dire que vous ne perdez rien de vos affaires, elles sont là et le désordre parfois ça permet de ranger de façon plus intelligente.
- Alors j'ai fait le point…
- Non non vous ne devriez pas dire ça, être dans l'inamoramento c'est être à la fois dans le vague et la vague, dans les embruns, dans l'agitation et en même temps dans une espèce de quiétude qui vous saisit et qui vous effraie : être heureux à partir de rien, des mots de l'autre, de l'idée qu'il est là, de vos échanges, de l'attention qu'on vous porte et que vous n'avez pas demandé. Et vous savez c'est rare qu'on s'intéresse vraiment à quelqu'un. En général on ne s'attarde pas. On grappille. Moi je grappille et je suis toute seule. Si je m'arrête sur quelqu'un sans grappiller j'ai l'impression d'exister pour quelque chose, ça oui ! Je vais être triviale trésor mais l'inamoramento c'est de savoir que le vin est tiré mais se demander si on aime le vin, s'il faut le boire, si on doit se servir un petit verre ou un grand, si il ne faut pas aller acheter des petits rillons pour grignoter un bout en chemin. Moi je vais vous dire, l'inamoramento c'est comme de passer dans un tunnel sans savoir ce qu'il y a au bout. Et alors ?
- Et alors quoi ? Vous me perturbez avec votre charcuterie tourangelle.
- Non mais c'est pour dire que c'est pas un état où il y a quoi que ce soit à statuer, à dire, à décider, à extrapoler… Le plus important c'est pas la destination, c'est le voyage ! À moins d'être un représentant de commerce pressé de rentrer chez lui. Et puis excusez-moi hein mais si vous savez où vous amène l'amour, ça n'a rien d'exaltant, l'amour c'est une question permanente sur notre capacité d'aimer autrui. Et je sais de quoi je parle, je n'aime véritablement personne.
- (médusé) Alors ça c'est la meilleure, depuis tout à l'heure je vous répond non à la question de savoir si je suis amoureux et vous me dîtes que je ne devrais pas être aussi affirmatif à vous répondre non ?
- Oui… Oui et non. Oui vous ne pouvez pas dire que vous êtes amoureux. Et non vous ne pouvez pas dire que vous ne l'êtes pas. C'est ça que j'essaie de vous dire avec mes exemples. C'est pas la mort de ne pas savoir, c'est même très bien, ça veut dire que vos certitudes n'ont servi à rien. C'est vivant le chaos. Même un peu trop parfois… (soupire)
- Que dois-je vous répondre alors ?
- (lève les yeux au ciel) Vous faîtes comme moi, vous faîtes tomber un truc par terre en faisant "oh !" ou vous me dîtes "regardez là-bas j'ai vu passer un chevreuil" et vous changez de sujet. (petit silence puis petite moue) Bon avec moi ça ne marchera pas, mais vous pourriez au moins faire l'effort !
Bat For Lashes - What A Girl To Do
17:54 Publié dans Les chroniques de Perle | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









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