14.12.2008

Falling down

Les chroniques de Perle

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Sophia et Vittorio, sur les bords de Seine, île Saint Louis, une heure du matin.

- Comment allez-vous en juin Vittorio ?
- Je vais bien, j'essaie de m'approcher des flammes sans me brûler.
- Vous savez pourtant comment ça finit…
- Mal, ça se termine toujours mal et parfois ça ne commence même jamais.
- Pour ma part j'ai toujours pensé qu'il devait être préférable de monter plutôt que de tomber amoureuse.
- Mais quand on est amoureux on monte toujours assez haut pour avoir peur de tomber.
- Ah ! La peur, cette fameuse peur ! Vous avez peur vous ?
- Non, je m'en fiche de la peur, elle n'évite pas le danger mais j'ai découvert dernièrement qu'elle n'évitait pas les souffrances non plus. Voilà pour la nouveauté.
- C'est bien, vous progressez toujours, vous n'avez plus peur de vous brûler déjà.
- Non, je n'ai plus peur, ni des flammes, ni de me brûler, ni de rien.
- (se penchant au-dessus du parapet et regardant l'eau) Oui ! Oui c'est ça ! C'est bien de ne plus avoir peur, mais cela ne veut-il pas dire qu'à un moment vous ne sentirez plus rien, plus rien du tout et que vous serez comme une terre où plus rien ne pousse ?
- Je ne sais pas Sophia, je ne pensais pas que c'était si difficile d'aimer.
- Aimer vraiment ? C'est le plus difficile. Vous aimez vous, vous ?
- Oui.
- Très bien, vous avez l'esprit tranquille et le cœur disponible, vous n'avez pas besoin de chercher ça chez quelqu'un d'autre alors, c'est une bonne base.
- Je suppose que je suis à peu près comme tout le monde.
- Oui ! Oui mais voilà Vittorio on ne croit plus en rien, on ne croit plus en rien… On ne croit plus en l'amour, on fait des comptes communs, On ne croit plus en la vie, on s'assure pour un rien. On ne croit plus en l'instinct, on passe dix ans chez le médecin et on ne sait plus regarder une fleur s'ouvrir sous la rosée, on a besoin de savoir le fond de notre propre pensée quitte à arrêter de vivre. On ne sait plus rien que de s'assurer, se rassurer, se protéger et ce n'est pas pour ça qu'on ne souffre pas, on souffre d'autant plus qu'on n'est plus soi-même à force de vivre sous terre. Et parfois on s'écrie : Oh ! La belle lumière ! La belle lumière ! Elle est pour moi. Alors on sort de son abri, on tend la main et il arrive qu'on se brûle. Oh ! Pourquoi suis-je sortie de mon trou ? J'étais si bien en dessous, là-bas, où personne ne me voyait, pourquoi suis-je sortie pour me brûler ?
- Oui, c'est un peu ça la question : pourquoi ?
- Dès que vous posez cette question, vous êtes dans l'erreur Vittorio et je vous l'avait déjà dit.
- Je sais bien.
- Il n'y a pas d'explication à l'amour même s'il y en a pour la peur, pour le doute, pour la souffrance. L'amour est gratuit, c'est un tout, une énergie, vous vous connectez à elle et si vous n'êtes pas assez pur vous souffrez, vous souffrez de détruire tout ce que vous touchez. C'est comme le feu, c'est le seul élément qui peut se diviser sans s'amoindrir, à l'infini. si vous devenez le feu alors ne pensez pas à vous éteindre mais allez vous noyer dans un autre feu, ainsi vous continuerez de vivre en l'autre, à égale chaleur. Ne vous amoindrissez jamais, vous diminueriez tout ce que vous pourriez donner à l'autre.
- Tout ça me fatigue parfois vous savez Sophia, je me demande si ce n'est pas mieux d'être seul.
- Ce serait égoïste. Ce n'est pas vous. Quel intérêt ?
- La paix.
- Vous y arriverez bien assez vite à la paix, profitez des joies de l'existence croyez-moi. Cela vaut mieux. Nous sommes là pour ça, pour aimer. L'abdication est pire que la peur. Il y a pire que la peur ou la souffrance : n'être personne, être commun, ordinaire… et pourtant, moi aussi je pense ça parfois, je me dit : ce serait si simple de faire comme tout le monde et de ne pas chercher à me griser, de me mettre avec n'importe qui et d'attendre que ça passe. Mais je ne m'appartiendrai plus. Gardez ces mots en tête mon ami : posséder et appartenir. Appartenez à quelqu'un qui connaît votre valeur et cessez de vouloir posséder quoi que ce soit, nous ne faisons que passer, rien n'est à nous, jamais. Juste ce que nous échangeons d'émotions, de sentiments. C'est ça la beauté, c'est accepter l'éphémère. S'en contenter.
Alors si on souffre parfois il faut se dire que c'est aussi un moyen de se rappeler la valeur de la vie. Et ce que tout le monde cherche c'est un amour qui ne fasse pas souffrir, autant dire une aiguille dans une botte de foin. L'amour c'est toujours souffrir, il faut juste apprendre à souffrir un peu pour pouvoir s'émerveiller beaucoup. Et vous, vous êtes un rêveur Vittorio, alors vous allez souffrir beaucoup mais en même temps vous verrez des choses que bien peu verrons. Qu'en pensez-vous ?
- Que je n'ai pas le choix, on ne contrarie pas sa propre nature après tout.
- Oui. Donc, cette discussion était inutile.
- Sans doute…
- Si si, elle était inutile. Mais elle a juste permit de nous asseoir et de contempler la Seine, les lumières de la nuit, de sentir le vent sur notre peau. Elle a juste permit d'avoir quelque chose à nous dire. Rien n'est important à part l'espoir, l'amour et savoir qu'on existe.

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Commentaires

"Vitriol aime ça."

Ecrit par : Vitriol | 14.06.2009

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