11.04.2009
La Nuit, I.VI
CHAPITRE SIX
L'art de hanter une chambre.
— Sir ?
La voix résonna en anglais dans la chambre de Vladimir qui s'était assoupi . Ce dernier gisait, habillé, à même le lit de la petite chambre de l'hôtel Vltava, harassé par la nuit qui venait de s'écouler, des impressions qu'il avait connues, des rencontres stupéfiantes qu'il avait faites.
— Sir ? Qui êtes-vous et que faites-vous dans ma chambre ?
Vladimir ouvrit les yeux et scruta la pénombre ambiante, la faible pâleur des réverbères éclairait doucement la chambre à travers les rideaux et tout semblait normal. Ses yeux s'attardèrent un instant sur le plafond et, d'un mouvement descendant son regard arriva jusqu'au pied de lit. Un visage blême s'y trouvait. Le visage blafard d'un homme au crâne dégarni, la face ronde, les yeux saillants, la bouche pincée et légèrement tombante. Une figure noble et poignante qui émergeait de l'ombre, avec un col de dentelle, un gilet de soie blanc et une veste en velours noir aux reflets bleutés. Vladimir soupira. Cela n'allait-il jamais finir ? Combien de rencontres épuisantes allait-il encore faire à Perle ? Et ce jusque dans sa chambre.
L'homme s'adressa à lui, toujours en anglais, avec un ton courtois et précautionneux. Sa façon de parler était un peu précieuse et aristocratique comme celle d'un lord anglais. Ou d'un majordome.
— Sir ? Je vous ai posé une question, auriez-vous l'insigne obligeance de me répondre : que faites-vous donc dans ma chambre ?
Vladimir vérifia bien que ses affaires se trouvaient tout prêt de lui avant de répondre, la voix pleine de lassitude :
— Monsieur, c'est vous qui êtes dans ma chambre, vous avez du vous tromper de porte. Maintenant, ayez la gentillesse de me laisser, je suis rentré fort tard et j'aimerais dormir.
— Ah ça ! Alors là absolument pas ! Non non, je vous dis que vous êtes dans ma chambre et ce n'est pas la première fois que je vous vois ici pour ne rien vous cacher. En revanche c'est bien la première fois que j'arrive à vous réveiller. Ah ! Vraiment ! (il chuchota) Je suis hors de moi. (puis reprit plus fort) Quel est votre nom ?
— Vous désirez avertir l'hôtelier ? Faites donc. Je suis Monsieur de Valeska. Chambre 36.
— L'hôtelier ? De quoi parlez-vous ? Vous êtes chez moi pas dans un hôtel !
Alors, Vladimir se redressa comme un seul homme pour s'asseoir, les bras ballants, les yeux bouffis de sommeil. Il devenait fou, c'était sans doute ça, ou alors le monde devenait fou et il ne se pliait pas aux mêmes règles de la folie qui régnait dans cette ville. C'était Sviata Vetcheria, ça devait être ça, la frénésie des fêtes de fin d'année générait cette effervescence, c'était la seule explication.
Le lord se dressa soudainement pour s'appuyer aux barreaux du lit qui butta contre le mur et ébranla le parquet dans un choc sourd. Vladimir resta coi quelques instants, ne protestant pas, dévisageant l'inconnu… et puis une chose le troubla, l'homme n'avait pas de mains. Il n'avait pas de mains et il n'avait pas de corps non plus d'ailleurs, sa chemise et son gilet étaient bien entourés d'une veste de velours noir qui se confondait avec l'obscurité ambiante mais on pouvait très nettement voir les lumières du dehors luire faiblement à travers les étoffes. L'homme qui se tenait en face de lui n'était pas aussi tangible que la table de chevet ou que le lustre en cristal, il était vaporeux et pellucide comme une méduse. Alors Vladimir soupira profondément et expliqua à l'inconnu qu'il y avait erreur, que ce dernier devait avoir habité les lieux quelques années auparavant mais que ce n'était plus le cas, en outre il attira son attention sur l'étrange translucidité de ses membres. Ce qui devait, sans nul doute, lui donner un indice quand à l'état qu'il traversait présentement. L'homme mystérieux l'écouta et regarda autour de lui avant de protester d'une voix adoucie.
— Mais c'est ma chambre Monsieur, je la reconnais, j'ai écrit quelques vers ici-même, là il y avait mon bureau.
Vladimir se dressa sur le lit, les mains sur les hanches, dans une position comique.
— Ce n'est plus votre chambre, non, vous êtes un spectre. Regardez-vous enfin ! On voit la lumière à travers votre corps, je vois la lampe sur la table, au fond de la pièce.
L'homme se retourna pour contempler l'espace derrière lui puis regarda Vladimir d'un air affable.
— Mais c'est bien vrai tout ce que vous me dîtes. (il sourit) Ah ! ça si je m'attendais à un pareil coup du sort ! C'est incroyable ! Alors comme ça ma maison vous a été vendue ? En quelle année sommes-nous ? Comment se porte le Roi George ? Et le Royaume ? (puis se ravisant) Comment se porte la femme qui vivait ici avec moi ? Catherine. C'est elle qui a vendu la maison ?
— Le Roi George ? De qui parlez vous ?
— Du Roi George IV dit le scandaleux parbleu !
— Le Roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande ?
— Oui !
— Mais il va bien. Enfin je ne sais pas, c'est toujours lui qui trône.
— Vous ne savez pas ?
— Non.
— Vous habitez ma maison, ici, à Londres et vous ne savez pas comment va le Roi ?
— Mais Monsieur nous ne sommes pas à Londres.
— Mais si, je reconnais ma maison, nous sommes au 28 Broad Street, je m'appelle… je m'appelais Sir William Blake.
— William Blake vous dîtes ? Le peintre et poète William Blake ?
— Assurément Monsieur.
— Je crois que j'ai entendu quelques mots de vous… De mémoire “Si le fou persévérait dans la folie, …
— … Il rencontrerait la sagesse.” (l'apparition eut un rictus un peu désagréable).
Vladimir se gratta la tête d'un air soucieux et descendit du lit en sautant sur le tapis. Il se mit alors en devoir d'expliquer au poète qu'il ne se trouvait plus à Londres mais à Perle. Et que ça ne paraissait pas si fou que ça puisque les habitations avaient été achetées un peu partout en Europe avant d'être implantées dans la nouvelle capitale. Seulement il y avait une chose qui n'allait pas. L'hôtel Vlatna lui avait été présenté comme étant un hôtel vénitien, pas une maison particulière anglaise. William Blake (ou plutôt son spectre) se mit alors à lui décrire l'endroit plus précisément jusqu'au plus infime détail. Et il semblait bien que l'hôtel avait été sa demeure et le lieu de sa mort. Au bout de quelques instants il finit par s'exclamer :
— Mais enfin Monsieur de Valeska, on vous raconte n'importe quoi ! Cette maison est typiquement londonienne. Et vous qui n'êtes pas allé à Londres ne pouvez le savoir. Alors c'est bien vrai ? Ils ont créé le Rêve ! Ils ont réussi ! J'ai entendu parler de ce pays lors de mes dernières années figurez-vous sans savoir si c'était une réalité ou le fantasme des gazetiers. Et puis certaines maisons de Londres furent achetées, de fort belles maisons, les gens disaient qu'elles allaient être “déplacées”. Quelle folie ! Je n'ai jamais cru à tout ça. Et ce Gouverneur s'effaçant devant le pouvoir sans bornes de sa nouvelle civilisation, quelle triste idée. Et ça s'appelle le Rêve !
— Vous y êtes Monsieur. Simplement je ne comprend pas leur erreur.
— Quelle erreur ?
— De travestir la vérité. De dire que c'était un hôtel vénitien alors que c'était une maison hantée. Oh bien sûr je dis hantée, et pas n'importe qui Monsieur. Par vous. Quand même ! Peut-être est-ce pour éviter de faire fuir la clientèle.
— Mais Monsieur j'ignorais jusqu'à présent que j'étais une fantôme, vous m'excuserez. C'est bien la première fois qu'on remarque ma présence…
— Peut-être que vous déambuliez avant, afin de chercher la paix et que vous ne vous en êtes pas rendu compte.
— Ne vous y trompez pas Monsieur de Valeska, j'ai encore toute ma tête. Je sais que je ne déambulais pas comme vous dîtes. Je me suis réveillé dans cette chambre à plusieurs reprises, parfois vous étiez là, parfois non, parfois c'était quelqu'un d'autre, sans doute un voyageur de passage. Et je n'ai jamais pu vous réveiller. Et personne ne m'a vu, je ne suis pas sorti d'ici. Et je n'y tiens pas voyez-vous avec ce que vous me racontez.
— Pourquoi donc ? Ce pays est unique, si vous pouvez voir des choses qui se produisent après votre mort, profitez-en. Vous qui étiez peintre cela devrait attiser votre curiosité.
— Ah oui ? Et bien moi je ne trouve pas ça très naturel, ce pays composé de mille morceaux dont l'origine est incertaine et occultée. On vous parle de Venise et cette maison vient de Londres. Allez, ne soyez pas naïf, comment voulez-vous oublier la provenance d'un objet pesant des tonnes ? Si on vous montrait la Grande Pyramide en vous disant qu'elle vient de Madrid ou de Séville ce serait la même chose, vous n'y verriez que d'enchanteresses vapeurs. Je veux bien qu'on rêve un peu mais là c'est trop fort. J'y vois là un véritable aplatissement des intelligences et une extravagante dissolution sociale.
Vladimir acquiesça et regarda le poète en coin, l'œil matois, un petit sourire au lèvres, ce qui eut le don d'offusquer l'apparition qui s'écria :
— Et je ne déambulais pas vous dis-je !
— Certes, admettons.
Le Moldave se rasséréna, la discussion était des plus cocasses. Parler avec un spectre n'était pas une chose commune, mais Vladimir avait déjà connu ce genre d'expérience étant enfant. Et puis il était rassuré de voir ce grand homme débattre avec lui de choses et d'autres. Tout le monde ne pouvait pas de vanter d'avoir un fantôme célèbre dans sa propre chambre, un fantôme qui prenait le temps de vous parler sans tenter de vous effrayer. Non, ce n'était pas n'importe quel fantôme, c'était bien celui d'un gentleman. Mais une question subsistait tout de même : qu'allait devenir le poète ? Blake haussa les épaules.
— Je ne le prends pas pour moi. Oh certes ! J'ai écrit beaucoup de choses qui fâchèrent les mécréants, les hommes de science, les illuminés, les religieux, les philosophes et toute cette valetaille. J'étais animé par ma propre lumière et puis aussi par mes expériences, mais je n'ai jamais renié Dieu ni ses anges. Je n'ai jamais profané ma foi, je n'ai jamais cherché à profaner celle des autres ou à la ridiculiser. J'ai l'esprit tranquille, je ne vois pas pourquoi je devrais attendre là, dans cette chambre, à discuter avec vous mais si c'est ainsi pourquoi pas ! Si c'est comme ça que ça devait se passer. L'imagination n'est pas un état ; c'est l'existence humaine toute entière. On rêve que l'on existe alors pourquoi ne pas rêver que l'on est un fantôme. Après tout personne ne me prouve que ceci est vrai.
— Quand même…
— Bien, mais quel désenchantement…
— Ah !
— Oui, je l'admets, je suis forcé de l'admettre je suis un spectre. J'ai troqué ma dépouille corporelle pour cet habit volatile mais j'ai toute ma tête. Vous voulez de la poésie outre-tombale ? Je peux vous en faire ! Vous voulez que je vous raconte le pourquoi de mes poèmes ? Je suis prêt à les expliquer ! Mieux que ça ! Je me sens bien mieux qu'avant ma mort.
— Cela pourrait paraître somme toute assez naturel. Vous êtes débarrassé d'un poids mort.
Il rirent. Vladimir se sentait en fort bonne compagnie avec cet être fantasque et volubile même s'il paraissait aussi ombrageux qu'un ciel d'automne. Sa patience et sa sagesse se ressentaient à travers ses paroles. Il faisait fi de toute logique car la logique n'avait pas régit son existence. Blake était un homme rare, qui s'était battu pour de véritables causes, n'ayant pas souci de s'apitoyer sur lui-même. Le monde était toujours un vaste champ à découvrir et toutes les fleurs lui semblaient bonne à être respirées. Ils se parlèrent une vingtaine de minutes, tentant de ne pas hausser la voix, mais le poète tonnait et grondait et son rire faisait presque trembler les murs. La forme translucide regardait fréquemment la ville à travers l'interstice que laissait apparaître les rideaux. On distinguait peu de choses encore, le ciel se teintait de bleu et quelques tâches grisâtres suggéraient la présence de nuages.
— Vous savez, Sir, c'est étrange vraiment, cette ville est folle, on y voit des choses uniques et rares mais les gens sont… enfin ils ont une attitude avec moi…
— Une attitude mondaine ?
— Une attitude. Je ne saurais vous dire ce qu'elle est, je me sens observé et étudié, les gens rient en m'écoutant parler, parce que je suis réservé, alors on me dit tout un tas de choses qui ne me plaisent pas. Je pourrais me sentir offensé mais j'éprouve surtout une espèce de crainte à être ici. Comme si j'étais le témoin d'une grande catastrophe. Et pourtant, que de merveilles ! Tout dans cette ville nous invite à aborder la connaissance sous de nouvelles perspectives.
— Je ne comprends pas très bien cher Monsieur, enfin je ne comprends pas très bien le détail mais je connais ce sentiment d'être à part. On préfère moquer ce qu'on ne comprend pas…
— Mais je sens aussi que leur curiosité est saine voyez-vous ? Elle est logique et naturelle.
— Monsieur… quand vous aurez cessé d'accorder ces deux mots là vous aurez fait un grand pas en avant. La nature n'est pas logique… où plutôt la logique de la nature ne nous est pas véritablement dévoilée. C'est notre raison qui cherche à l'être. Trouvez-vous logique de parler à un poète mort… en quelle année sommes-nous ? Vous ne me l'avez même pas annoncé.
— En 1829, Sir.
— Bien, Je suis mort depuis deux ans et nous sommes là, installés sur votre lit à discuter. Un jour j'ai écrit que le plus timide bourgeon était la preuve qu'il n'y avait pas de mort réelle. La vie est partout, elle est là où on ne l'attend pas, elle est dans le blé qui va pourrir, dans les os qui vont libérer leur calcium, dans l'arbre tombé qui va fertiliser la terre. La mort engendre la vie, c'est bien connu.
Il y eu un silence, pesant, puis Blake reprit.
— L'homme s'est lui-même enfermé jusqu'à ne plus rien voir qu'à travers les fissures étroites de sa caverne. On ne sait rien de la vie Monsieur de Valeska, voilà la vérité. On ne sait rien et on pense que ce que nous vivons est la vie. Mais la vie ce n'est pas ça, la vie c'est la création, c'est le risque, c'est le génie qui s'offre une chose inédite parce qu'il ne sait pas faire comme tout le monde. Et on se rend compte que tout le monde ne peut pas faire comme le génie, Monsieur. Ce n'est pas naturel d'être un génie dans un monde où chaque homme est l'égal de son prochain. Mais c'est comme ça, ça arrive et il faut l'admettre. Je ne parle pas de vous et encore moins de moi, je vous parle de ce que nous vivons. (il se produisit un silence) Bon ! Alors ! Quoi ! Que dois-je faire à présent que je suis cette chose gazeuse à apparence humaine ? Que veut le Créateur ? Dois-je me procurer un boulet et hululer dans le couloirs de ma propre demeure ? Cette situation est inconfortable. Sans compter que je vous dérange, vous aimeriez sans doute dormir. Peut-être que si je disparais ce soir je ne pourrais pas revenir ? Je vais partir, je vais suivre les rayons lunaires jusqu'au séjour des morts. Peut-être bien…
Vladimir se sentit triste à cette idée, il rassura le poète, lui proposa de partager sa chambre à la condition qu'il n'apparaisse pas de manière impromptue et qu'il se comporte comme le locataire de marque qu'il était, ce à quoi Blake répondit qu'il ne connaissait pas d'autres manières que celles qui faisaient honneur à une intelligence normalement constituée. Vladimir lui demanda s'il désirait qu'on lui cherchât un autre lieu pour résider. Le poète lui répondit alors que les présentations avaient été faites et que ce n'était pas la peine de se déranger, après tout un autre voyageur aurait pu s'épouvanter et lui causer beaucoup plus d'ennui en manifestant un effroi par trop bruyant. William Blake désirait la tranquillité de sa chambre et félicita Vladimir pour son calme et sa gentillesse.
Pour un peu il l'aurait remercié pour son hospitalité.
Il était fort tard à présent, le soleil allait poindre à tout moment et Vladimir manifesta l'envie de s'endormir à nouveau pour profiter de la nuit du lendemain où l'on célébrait Sviata Vetcheria. Le fantôme de William Blake était assis sur une chaise près du lit et il regarda le Moldave sombrer doucement dans le sommeil. Des oiseaux commencèrent à chanter dans les arbres alentours. Alors le poète se leva pour regarder une dernière fois au dehors, sa main rencontra le tissu épais des voilages et passa au travers. Il s'avança doucement et scruta le ciel, puis dans un scintillement irisé il s'évapora dans l'atmosphère de la chambre.
Vladimir émergea de son sommeil vers onze heures, des gens faisaient grand bruit dans le couloir. On parlait italien. Il s'assit sur le lit et avisa son environnement d'un œil perplexe. Il n'y avait nulle présence et la lumière peinait à pénétrer dans les lieux à travers les rideaux qui donnaient sur la rue. Quelques minutes passèrent, le souvenir de l'entrevue nocturne revint plus précisément et il regretta de n'avoir pas eu l'idée de poser plus de questions au poète décédé. Au sujet de ses impressions post-mortem, sur sa conscience, sur ses sentiments… Et puis il appela Blake pour savoir si l'esprit était en permanence dans ce lieu, il n'y eu aucune réponse, comme si tout ceci avait été le fruit d'un rêve. On toqua à la porte peu de temps après, Vladimir était en robe de chambre et il devait être presque midi. Embarrassé il annonça à travers la porte qu'il allait descendre et que le ménage pourrait être fait dans peu de temps. Une voix masculine lui répondit qu'un objet était arrivé pour lui, un fiacre était passé tôt ce matin avec la consigne de ne livrer l'objet qu'au moment où on serait sûr de son réveil. Il repensa à la soirée d'hier et se souvint d'avoir donné l'adresse de l'hôtel à Piotr, le Russe avait peut-être envoyé un livre ou un quelconque objet à son attention. Il demanda quelques minutes et soutint qu'il allait se rendre dans la salle à manger de l'hôtel dans quelques minutes, au passage il demanda qu'on lui préparât une omelette aux herbes et du thé en abondance. On lui répondit que tout serait prêt comme il le souhaitait puis ce fut le silence.
Dans la salle de restaurant, Vladimir se rendit à sa table et trouva un bouquet de fleurs d'hellébores orientalis emballées dans un papier chinois. Une carte était glissée entre les tiges. Il regarda la salle vide, se demandant si on ne s'était pas trompé de voyageur mais le maître d'hôtel le fit s'asseoir et rapporta de la cuisine son omelette encore fumante sur une jolie assiette en porcelaine française. Le bouquet était posé à portée de main, devant lui. Il attendit d'être seul et dégagea le petit papier. Une écriture fluette y courrait en tous sens.
“Monsieur de Valeska,
je suis navrée d'avoir été si peu amène avec vous hier soir, accepteriez-vous une invitation à souper à l'occasion de Sviata Vetcheria avec quelqu'un qui désirerait apprendre les us moldaves ? Me feriez-vous cette faveur ? La charité chrétienne me prescrit de vous faire cette proposition : vous n'allez pas passer ces fêtes seul, tout de même. Un messager viendra prendre votre réponse vers 3 heures.
Votre amie, Laetitia.”
10:41 Publié dans La Nuit | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









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