28.02.2009
La Nuit, I.IV
CHAPITRE QUATRE
Le rai de lumière.
Les salons de la Coupole se remplissaient maintenant des gens venus écouter la conférence, la salle principale était splendide et pouvait sans peine rivaliser avec la célèbre Galerie des Glaces du château de Versailles, en France. D'imposants lustres de cristal lançaient leurs reflets irisés dans tout l'espace et de jolies tables étaient dressées au centre du salon principal. Elles étaient garnies de plateaux de vermeil proposant des petits fours, des pâtés et de succulentes pâtisseries russes au pavot, les serveurs faisaient les cent pas entre les gens qui sortaient de la salle de conférence, les bras chargés d'assiettes ou de seaux afin de proposer des amuse-gueules et de remplir les coupes de divers breuvages : champagne, mistelles, kvas, sambuca, kirschwasser ou triple sec. Le Professeur Morgenstern était présent et parlait avec le Conservateur du Grand Musée, saluant à la volée quelques visiteurs d'un signe de tête ou d'un sourire, et puis il y avait quelques notables, ravis de contribuer à l'élan culturel de Perle. Seuls, manquaient les politiciens car personne ne faisait de politique dans le pays, personne n'avait d'avis à donner au Gouverneur, le Rêve était un pays parfait, c'était le sien et nul n'aurait eu l'outrecuidance de le contester.
Il faut savoir que Perle avait cette particularité unique d'être une ville sans maire, bien qu'il existât un Hôtel de Ville, splendide au demeurant. Le Gouverneur avait pris cette fonction parmi tant d'autres d'administrer la cité et de déléguer certaines responsabilités aux “élus” de son choix. La terminologie était savoureuse. Aucun système législatif n'existait encore et le titre de citoyen du Rêve datait d'à peine une année. Les basses classes devaient exercer une fonction (un métier) et les plus nantis pouvaient se contenter de consommer et de payer quelques taxes. Les revenus du pays provenaient uniquement de l'immobilier ; personne ne pouvait acheter ou faire construire, tout se louait fort cher à l'État et comme le Gouverneur était l'État ce dernier se portait bien. Il était évident maintenant qu'il fallait que les gens investissent dans le Rêve et sa capitale pour que ce pays connaisse un avenir pérenne. Les contreparties étaient séduisantes : le luxe, un contexte culturel et historique rare, pas de politique donc pas de guerre, une armée et une police qui n'avaient pas besoin de se montrer pour être craintes et surtout beaucoup de prestige : le Rêve était unique et son rayonnement ne tarderait pas à l'imposer comme un pôle fondamental parmi les sociétés du moment, c'est du moins ce qui se disait. Pour l'instant le Gouverneur rechignait à passer des accords avec les pays limitrophes mais il était prolixe en cadeaux et assurait sans cesse de sa neutralité, faisant comme s'il oubliait que la neutralité est toujours une illusion.
Les chasseurs et serveurs étaient habiles au protocole et reconnaissaient sûrement la provenance de chacun des convives, beaucoup d'entre eux étaient bilingues, trilingues, quadrilingues et quand ils ne comprenaient pas la langue avec laquelle on s'adressait à eux ils allaient chercher le chef de rang qui aurait même pu parler le pataouète au besoin.
C'est dans cette salle que Vladimir accompagné de Piotr s'avança timidement parmi les personnes les plus prestigieuses de la cité et chercha ostensiblement celle qui l'avait hélé à la fin de la conférence. Il ne tarda pas à l'apercevoir, près d'une grosse cheminée bardée de dorures rococo. Elle était en grande discussion avec une autre jeune femme, brune celle-ci, un peu plus grande qu'elle. Leurs tenues étaient magnifiques sans pour autant être tapageuses au regard. Piotr poussa Vladimir d'un coup de coude et lui adressa un sourire en lui présentant une coupe de Champagne. Le Moldave voulu décliner cette douceur mais le Russe le tança quelque peu en lui expliquant qu'un tel nectar ne se refusait pas en société.
C'est à ce moment là que Laetitia, à quelques mètres d'eux, fit mine de les remarquer et les invita à les rejoindre d'un petit signe de la main. La Comtesse souriait, la tête légèrement penchée, le regard interrogateur tandis que les deux slaves approchèrent.
— (en français) Monsieur de Valeska ! Enfin je vous retrouve ! (en russe) Vous m'aviez caché avoir un ami à Perle dîtes-moi… et puis entre nous, vous m'avez faussé compagnie peu après notre collision l'autre soir… j'espère que vous me présenterez des excuses… un jour. En attendant vous pouvez me présenter votre ami peut-être.
Piotr s'avança comme un seul homme et se présenta en faisant un baise-main à Laetitia. Son salut, un peu vif était confit du respect et des traditions du savoir-vivre de la Mère Russie. Vladimir s'essaya à ce rite mondain et prit la parole à son tour, tentant la nonchalance.
— Mademoiselle la Comtesse, vous étiez accompagnée ce soir là et j'ai trouvé mal venu de continuer notre discussion mais il me semblait évident que nous nous rencontrions à nouveau dans un lieu propice à la… (il chercha ses mots)… à la discussion… (il hésita, il venait d'employer deux fois le même mot dans la même phrase et se senti sot, rougissant). Il ne s'agissait que de temporer…
Piotr le regarda en coin et le coupa dans son élan en rectifiant.
— … de temporiser.
Comble de l'humiliation, Laetitia fit mine de ne pas l'écouter et s'élança entre les deux hommes, les toisant successivement (car elle était petite).
— Messieurs, peu importe ! Le protocole m'oblige à vous présenter une amie, une amie chère à mon cœur et je crains que nous ne soyons impolis de lui interdire toute… discussion (elle sourit à Vladimir) avec nous si je ne vous la présente pas immédiatement. Messieurs ! La politesse. Messieurs ! Le protocole ! Attention. Ah !
Elle recula et prit la main de son amie.
— Je vous présente Mademoiselle Małgorzata Kakomyslochtdostręvanowna.
La jeune femme brune s'inclina de très agréable façon. On pouvait dire que c'était très agréable car elle était dotée d'un charmant décolleté. Małgorzata était une femme aux formes généreuses sans être opulente, son port de tête était altier, son regard aussi bleu qu'un ciel de printemps et elle semblait tout à fait confiante quand à s'adresser à deux parfaits inconnus. De son regard malicieux se dégageait une souriante candeur toute slave.
— Małgorzata est cracovienne… mais nous pouvons continuer à parler russe n'est-ce pas ?, consulta Laetitia le regard brillant et interrogateur.
La Polonaise répondit d'une voix flûtée.
— Cela ne me dérange pas, je parle russe couramment et il me semble que le bon Tsar Nicolas Ier (elle adressa un regard imprécatoire à Piotr) serait fier de savoir qu'une modeste Polonaise comme moi sait parler sa langue à Perle. (Elle fit une pause avant de reprendre.) Peut-être même que si les turcs ne l'occupaient pas en ce moment il serait Roi de Pologne.
Sur le champ, Laetitia regarda Vladimir d'un air entendu, s'il voulait faire montre d'intelligence, c'était le moment de faire preuve de diplomatie. Ce dernier toussa quelque peu avant de donner son avis…
— Si je puis me permettre Mademoiselle, ne sommes-nous pas tous venus à Perle pour trouver la neutralité nécessaire à l'établissement de la paix en Europe, donnant ainsi l'exemple d'un rapprochement des cultures qui nous amènera sans aucun doute à la beauté et non aux dissensions ?
La Polonaise lui sourit avant de répondre.
— Monsieur de Valeska, je vous remercie de me rappeler ainsi à l'ordre, il est en effet de bon ton d'adopter une attitude rieuse et neutre en société et je ne voudrais froisser personne quant au sujet de guerres qui ont commencé bien avant ma naissance, cette remarque aussi maladroite qu'elle ait pu paraître nous a permit de briser la glace qui aurait bien fini par s'installer de toutes façons. Il est bon d'évoquer les choses déplaisantes de prime abord afin de passer à autre chose… et puis exception faite de mon excellente amie Laetitia ne sommes-nous pas tous slaves avant tout ?
Elle leva son verre et Piotr s'empressa de trinquer avec elle. Vladimir nota qu'il ne connaissait pas la nationalité exacte de Laetitia. Le Russe prit la parole et accepta la trêve sans coup férir.
— Mademoiselle, vos propos vous honorent… vous noterez que je ne suis pas militaire, je suis un modeste graveur, mes intentions en venant ici ont toujours été pacifiques et non idéologiques. Laissez-moi vous dire que je reconnais dans vos propos toute la sagesse de votre peuple. Je lève mon verre au Royaume de Pologne !
Laetitia sourit en voyant les 3 amis trinquer à la Pologne. Elle leva son verre et s'exclama à son tour :
— Je lève mon verre à la Corse, au Saint Père à Rome et à votre santé ! Puisse la paix guider nos consciences vers l'harmonie jusqu'à ce que nous soyons ivres ! Ensuite, je ne répondrai plus de rien évidemment.
Vladimir resta perplexe à l'écoute de cette santé mais ne répondit pas, il constata que la jeune Française (car à présent, c'était évident qu'elle était Française) pouvait se permettre de tenir des propos décousus avec un aplomb remarquable alors que lui-même n'arrivait pas à se présenter quand on lui en faisait l'offre. Piotr, quant à lui, semblait très à son aise parmi ces inconnues dont le discours oscillait entre la déférence, la moquerie et la provocation bon enfant et cela le rassura. Vladimir trouva que sa propre rigueur était surtout une sorte de rigidité morale dont les racines provenaient de la volonté de bien faire et dont l'aboutissement paraissait être celui de tomber sans cesse à côté. Laetitia l'interrompit dans ses rêveries :
— Alors, Monsieur de Valeska, qu'avez-vous fait de beau à Perle depuis notre dernière fois si ce n'est pas indiscret ? (puis en s'adressant à Małgorzata) J'ai rencontré Monsieur de Valeska dans le quartier dit-historique, il venait d'arriver de Tatras-Rysy, c'est bien ça ?
— Oui tout à fait, c'était ma première promenade… et vous fûtes le point d'orgue de mes découvertes ce soir là. Hum… et pour répondre à votre question, j'essaie avant tout de m'orienter dans la ville et d'avoir accès aux merveilles culturelles de la cité. C'est un travail fastidieux… mais mes journées sont courtes car je lis pendant la journée et je ne sors que le soir.
— Vous êtes donc là pour une visite ? Pour assouvir votre curiosité ? reprit Małgorzata.
— Il n'a pas voulu m'en dire plus, coupa Laetitia. Et vous Monsieur Blokh ? Vous êtes un artiste disiez-vous ?
Piotr expliqua en quoi consistaient ses activités et expliqua sa présence en rapport avec son travail pour la gazette, ce à quoi Małgorzata répondit d'un ton docte en souriant en coin.
— Vous êtes deux aventuriers en somme, Monsieur de Valeska pour visiter et s'instruire et Monsieur Blokh pour participer à l'élan culturel de Perle. En fait, je devine que vous êtes venus ici pour rechercher la nouveauté. Vous n'êtes pas comme ces commerçants qui ont une idée en tête coûte que coûte : s'enrichir, ou ces aristocrates qui désirent se montrer… non… vous êtes là parce vous voulez changer de vie…
Il arrive que de certaines vérités fusent lors de simples discussions et si Piotr hocha la tête pensivement ce ne fut pas le cas de Vladimir qui recula ostensiblement et s'absorba dans le mutisme en entendant la jeune femme. Et ce fut quelques moments plus tard qu'il en sortit pour entendre Laetitia lancer cette phrase saugrenue avec vivacité :
— Mais oui ! Absolument ! L'aventure ! Mais que c'est beau ! Ma mère le répétait sans cesse à Napoléon Bonaparte : “Napoléon avance, vas-y et fais toi plaisir ! “ Ah !
Piotr éclata de rire et rétorqua :
— Si c'était un ami de votre mère j'espère qu'il n'était pas trop envahissant.
La discussion était agréable, chacun allant de son bon mot mais cependant, au bout de quelques minutes, Vladimir s'excusa et pris congé, prétextant que la conférence lui avait donné mal au crâne. Piotr lui demanda le nom de son hôtel pour pouvoir lui rendre visite et le tenir informé des événements culturels de la ville puis Laetitia le prit par le bras pour le raccompagner jusqu'aux escaliers.
— Monsieur de Valeska, cela fait deux fois que vous fuyez ma compagnie, je pourrais en prendre ombrage. J'ai connu des hommes beaucoup plus pressés que vous de faire ma connaissance vous savez ? Ce n'est pas que je désire absolument vous servir de guide, car j'ai d'autres chats à fouetter, mais il me semble qu'un peu de compagnie ne pourrait vous faire de mal, vous semblez atone. Allons, nous sommes tous des réfugiés à Perle, pourquoi ne pas découvrir d'autres gens, pourquoi ne pas vous amuser ?
Le Moldave se raidit mais conserva les idées claires pour répondre à la Comtesse.
— Comtesse, je sais que je vous suis redevable à présent, j'avais peur que ma présence ne finisse par vous ennuyer, je n'ai pas beaucoup de choses à raconter et les traits d'humour ne sont pas mon fort, je vous promets d'être de meilleure composition la prochaine fois… N'est-il pas normal que je sois si précautionneux des relations que j'entretiens ? Et puis je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps.
Alors Laetitia se planta devant lui, lui prenant les mains de façon délicate, le regarda droit dans les yeux, par en dessous et répondit la chose suivante :
— Je ne connais pas la Moldavie mais je peux penser à présent que les habitants de ce pays sont très polis et très réservés, je peux penser aussi qu'ils ont beaucoup de choses à dire mais qu'ils ne sont pas diserts ou bien qu'ils sont tous ombrageux comme vous l'êtes. Je peux penser de la sorte, sans vous le dire, in petto. Prenez votre temps. Vous parlerez de votre pays la prochaine fois, de vos coutumes et de vos projets. Peut-être est-ce cet excellent Champagne qui provoque chez moi cette envie de communiquer avec tout le monde… simplement… si vous étiez réellement quelqu'un de curieux comme vous le prétendez vous prendriez un peu plus de temps à parler avec nous il me semble et vous auriez un peu moins cette fâcheuse manie de vous éclipser. Aussi, ne dîtes pas que vous êtes précautionneux de vos relations car vous donnez l'impression contraire.
Allons… ce n'est pas grave, je ne vais pas me formaliser, je suis fort charitable ce soir… vous n'êtes pas très mondain, soit. Vous voyez comme je suis perspicace… Je vais vous laissez de mon propre fait cette fois. Je vais retrouver mon amie Małgorzata, je ne voudrais pas qu'une nouvelle guerre se déclenchât entre la Russie et la Pologne dans de si jolis salons. Ce serait… la Bérézina !
Elle sourit, s'inclina et n'attendit même pas que Vladimir lui ait répondu pour rejoindre son amie, le laissant circonspect sur la suite à donner à cette entrevue. Était-ce Perle qui lui donnait l'impression que de parfaits inconnus puissent lire en vous comme à livre ouvert ?
Une pendule monumentale sonna dix heures du soir sur le palier. Vladimir alla au vestiaire récupérer son manteau et sa canne puis se dirigea vers les escaliers quand il entendit prononcer son prénom. C'était un chuchotement, ce qui ne s'expliquait pas car personne n'était près de lui. Il resta planté quelques instants près du garde-corps et décida de descendre quand la voix revint, plus impérieuse. Vladimir aperçu Laetitia à l'autre bout du salon, rejoignant Małgorzata et Piotr. Ce n'était pas elle qui l'appelait.
Les bruits de la réception résonnaient dans les escaliers et des chasseurs passaient en regardant Vladimir, l'un d'eux s'arrêta pour demander s'il avait besoin de quelque chose. Le Moldave fit non de la tête et demanda ce qui se trouvait à l'étage supérieur.
— Les balcons Monsieur ainsi que quelques collections, mais il n'y a personne en haut, tous les convives sont dans les salons que vous venez de quitter. Voulez-vous que je vous raccompagne jusqu'à la sortie ?
“Dîtes non et montez”.
— Pardon ? Qu'avez-vous dit ?
— Je vous ai proposé de vous raccompagner Monsieur.
— Hé bien, je crois que ça ira, je vous remercie, le champagne m'a un peu euphorisé un instant mais je me sens mieux d'avoir parlé.
— Très bien Monsieur, comme Monsieur voudra, fit le chasseur en s'inclinant avant de reprendre le chemin des salons.
Une fois seul, Vladimir regarda le grand escalier qui montait à l'étage. Il se pencha par dessus le garde-corps afin de scruter le palier supérieur mais ne pût rien apercevoir. Alors, discrètement il se mit à gravir les marches jusqu'au second. Les couloirs étaient déserts et les portes closes, du reste les lieux étaient plongés dans le noir. Vladimir resta quelques instants à détailler l'endroit puis songea un instant à redescendre pour sortir du musée quand un rire flûté tinta à ses oreilles. Un rire doux et chaud comme une brise d'été.
Il se mit à scruter les ténèbres environnantes et cela ne lui demanda pas beaucoup d'efforts car il était nyctalope, les couloirs étaient garnis de statues qui auraient pu figurer sans peine dans les Altertumswissenchaft* des universités allemandes. La splendeur des lieux laissait présager une collection étonnante et sublime dans le musée à proprement parler. Vladimir décida de prendre à droite et avança d'un pas régulier et discret de peur que le personnel du musée ne l'entendit, ce qui était une idée saugrenue car tout était calme et désert. Au bout d'une dizaine de mètres il remarqua un rai de lumière passant sous une porte, une lueur fluette et vacillante. Un choc le fit sursauter, on venait de renverser un plateau au premier étage, sans doute un chasseur un peu maladroit avait-il fait preuve d'étourderie et d'inattention. Des éclats de voix lui parvinrent, on venait de donner un ordre en allemand. Et puis le calme revint, l'obscurité continuait de l'environner, personne ne venait. Vladimir se demanda combien de temps il venait de s'écouler, si la réception touchait à sa fin, s'il n'allait pas être enfermé dans ce vaste lieu de mémoire et de recherches à trop hésiter à pousser cette porte qui lui faisait face. Alors il prit délicatement la poignée et ouvrit. La lumière devint plus forte mais elle était très faible, c'était un chandelier qui reposait sur la balustrade d'un balcon à quelques mètres de lui. Des tentures de velours rouge décoraient la loge et sur cette même balustrade reposait une peau d'onagre. Il se figea, le souffle court, certain qu'il venait de commettre une erreur, un crime politique, un sacrilège religieux, qu'il venait de profaner un lieu où personne ne désirait le voir car il su immédiatement où ses pas l'avaient mené. Il recula furtivement, presque par réflexe quand il aperçu une jeune femme assise sur un fauteuil, lui tournant le dos. Se tenant à sa droite il pu voir qu'elle laissait reposer sa tête sur sa main gauche dans une posture méditative comme si elle attendait quelque chose. Vladimir pu apercevoir la salle de conférence en contrebas. La chandelle projetait une lumière vacillante tout autour d'elle et donnait un aspect doré à la peau de l'animal mort.
La jeune femme fit retomber son bras le long du fauteuil puis lui désigna un siège sur sa gauche, sans même se retourner. Vladimir comprit l'ordre muet et s'assit en silence, le regard fixé sur la salle déserte. Une impression étrange s'empara de lui, il se dit qu'après tout il ne faisait rien de mal et qu'au pire il devait s'agir d'un malentendu, que la jeune femme s'apercevrait de sa méprise dès qu'il commencerait à s'entretenir avec elle. Qu'elle devait attendre un amant ou tout autre personne mais sûrement pas lui. Alors il tourna la tête pour la regarder de biais et fut surpris de voir qu'elle portait un épais bandeau sur les yeux. Un bandeau de velours rouge qui cachait une grande partie de son visage. Il ne put voir que sa bouche, délicate et suave, des joues où saillaient de légères fossettes ainsi qu'un menton volontaire. Ses cheveux étaient attachés en arrière et semblaient noirs mais la faible clarté ne permettait pas d'en apprécier les nuances, la nyctalopie non plus. L'inconnue était vêtue d'une robe de velours cramoisi et un bijou semblable à une amulette où était sertie une petite émeraude reposait sur sa gorge. Une pause se fit, plus aucun bruit ne régnait dans la loge.
Alors, la jeune femme se redressa légèrement sur son fauteuil et prononça quelques mots d'une voix posée, dans un soupir plein d'ennui.
— Quelle étrange époque où les morts peuvent se permettre de côtoyer les vivants, vous ne trouvez pas ?
--/--
* dictionnaires des Antiquités.
14:19 Publié dans La Nuit | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









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Commentaires
Je suis livide d'admiration devant ce quatrième chapitre. C'est écrit d'une écriture fluide et limpide, très agréable. Si vous publiez, s'il vous plait ayez l'amabilité de m'en dédicacer un exemplaire. Je suis conquise. J'attends à présent le cinquième chapitre. Achetez une laisse et attachez vous au radiateur. J'ai hâte de lire la suite...
Ecrit par : luthecia | 01.03.2009
C'est très gentil je vous remercie, il était difficile à écrire ce chapitre pour plusieurs raisons, déjà il faisait partie du 3ème chapitre et c'était trop long, ensuite il devait comporter une nouvelle entrevue avec Laetitia et donc des dialogues un peu drolatiques hors même si j'aime passer du coq à l'âne pour les ambiances là ça faisait beaucoup.
Et puis mon amie la Tsarine m'a dit qu'elle trouvait que Vladimir n'était pas très bien mis en valeur, ce en quoi elle a raison mais il faut aussi se dire qu'il n'y a que 4 chapitres en ligne et que mine de rien c'est un travail d'installation. Les protagonistes principaux sont tous là et ont tous été décrits même brièvement. Il y aura des chapitres sans Vladimir plus tard même si c'est mon fil conducteur. Je veux développer une ambiance avant tout et recréer un monde inspiré par le XIXème siècle en introduisant des variations. Tissia/Laetitia me permettra certaines libertés au niveau des conversations car elle est très moderne.
J'attend aussi de voir les premières illustrations, je ne sais pas si elle seront mises en ligne par contre.
Le chapitre 5 se concentrera sur les Sœurs du Rêve bien entendu, le roman est écrit pour l'une d'elle.
Faire une note sur mes activités me permet de m'y mettre plus souvent et donc c'est très utile. Je n'écris que la nuit tombée car les émotions sont plus faciles à saisir.
Ecrit par : Cult! | 01.03.2009
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