14.02.2009
La Nuit, I.III
CHAPITRE TROIS
L'avertissement.
— Tu m'appartiens ! Pourquoi résistes-tu comme ça ? Pourquoi te refuses-tu ? Tu m'appartiens ! Je t'aime Vladimir, je t'aime. Viens, ne résiste pas, abandonne, de toutes façons tu finiras par venir à MOI. Viens, le temps est court, tu es à MOI. Viens donc ! Tu m'appartiens ! Tu ne veux pas mourir parce que tu es déjà mort. Le sais-tu ? MOI je le sais. Sais-tu qui je suis Vladimir ? SAIS-TU QUI JE SUIS MON AMOUR ?
Vladimir se trouvait, le corps immobile, dans une eau sombre et son ventre résonnait de ces paroles. Il regardait au-dessus de lui et pouvait apercevoir le jour à la surface de l'étendue liquide dans laquelle il était plongé, n'arrivant pas à changer de position, flottant comme une souche d'arbre mort entre deux eaux. Et puis, juste en face de lui, à quelques mètres, apparut la forme qui scandait ces paroles. C'était comme un suaire vivant, vibrant avec les mouvements de l'eau, un grand drap blanc se tortillant sur lui même. Vladimir était effrayé mais n'osait ouvrir la bouche pour crier de crainte que ses poumons ne se remplissent d'eau et qu'il se noie. Tous les autres sons étaient étouffés sauf cette voix féminine qui était claire et impérieuse.
Le linge continuait de tourner sur lui-même, s'élançait et revenait quand une masse de cheveux noirs s'en échappèrent, avec la grâce du pinceau chargé d'encre noire que l'on tremperait dans un verre d'eau limpide. Et ces cheveux courraient littéralement pour suivre les remous du suaire formant des arabesques tourbillonnantes comme le feraient les volutes tentaculaires d'un actiniaire. Ils s'échappaient du linge flottant et revenaient sans cesse tandis que la masse blanche s'approchait de Vladimir qui flottait à la même place, en suspension. La terreur devint paroxystique quand du drap émergea le visage d'une jeune femme, un visage d'une beauté bouleversante, possédant la froide distance d'une idole, les yeux tels deux éclats de topaze blanc cerclés de longs cils noirs, des yeux magnifiques dans lesquels se reflétait une éternelle jeunesse. On aurait pu y lire la sagesse d'un être ayant connu des milliers d'existences. Mais l'apparente douceur de leur propriétaire était ressentie par Vladimir comme étant effroyablement menaçante car le sourire grenat que la créature arborait était aussi féroce que celui de la déesse Kâlî. En un instant, le suaire se déroula complètement au-dessus d'elle et remplit le champ de vision de Vladimir qui ne pouvait plus l'éviter du regard, la masse compacte du tissu forma comme deux gigantesques ailes qui finirent par occulter la lumière environnante. Cette chose n'était pas une femme, à présent il en était persuadé.
Cette chose c'était sa propre mort.
Vladimir hurla, épouvanté et mit quelques secondes à s'extraire totalement de sa frayeur. Il reposait sur son lit, dans la petite chambre de l'hôtel Vlatna et le jour commençait à décliner au dehors, il devait être 5 heures du soir. Il s'assit, choqué, se remémorant les phrases prononcées par cette espèce d'entité, ou de monstre… Mais la mort est-elle un monstre ? Était-ce bien sa propre mort s'avançant vers lui ? N'était-ce pas plutôt la peur ?
Sa nuque était trempée d'une sueur glacée et il se passa trente minutes avant que la sensation de danger et de malaise provoquée par la vision s'éloigne de lui. Puis il fit couler un peu d'eau dans le cabinet de toilette et son contact fut très désagréable, presque odieux. Malgré sa répulsion, il réussit à se débarbouiller quelque peu avant d'enfiler des vêtements fraîchement repassés par le personnel de l'hôtel et quitta la chambre 36 pour descendre dans la rue. Une fois dehors, il fit quelques pas et remonta le col de son manteau car un vent froid et sec traversait la ville.
Il mit quelques secondes avant de remarquer la jeune femme brune assise sur le banc se trouvant en face de l'hôte. Elle le fixait du regard. La demoiselle avait le teint hâlée des espagnoles et son visage était encadré de longs cheveux d'un noir de jais. Elle portait un élégant pourpoint prussien de couleur bleue et semblait attendre quelqu'un, ses mains délicates jouaient avec un parapluie dont la crosse était en nacre. Mais son regard continuait de se tourner vers Vladimir de façon intense et magnétique. Ce dernier, qui venait de s'arrêter devant le porche ne put que difficilement reprendre sa marche, ne sachant s'il devait aller au-devant de la personne, la saluer ou l'ignorer. Et plus il se posait ces questions plus il lui semblait difficile de faire un pas. D'ailleurs il ne se souvenait déjà plus de la direction à prendre… à gauche ou à droite ? Où se trouvait donc la Coupole ? Ces questions affluaient rapidement et le tétanisaient, il en arriva à se demander si son rêve ne l'avait pas plongé dans quelque sauvage fantasmagorie due aux caprices du crépuscule ou si sa raison ne tentait pas de fuir quelques désespérantes vérités.
Mais c'était une certitude : l'inconnue continuait de le dévisager sans qu'aucune émotion ne se laissât trahir et bientôt Vladimir sentit un choc l'ébranler car ce regard était la marque d'appartenance à sa propre caste. Il comprit que la jeune femme venait de le reconnaître bien qu'elle lui semblât parfaitement étrangère. Et sur son visage de madone andalouse ne se peignait nulle émotion : ni surprise ni intérêt. Mais on pouvait en revanche y lire une sinistre et complète absence de bienveillance. C'était un regard froid et vide, un regard appuyé dont le pur magnétisme évoquait la fixité des reptiles de grandes tailles, un regard agissant comme le galvanisme d'un venin glacé. Vladmir perdait toutes perceptions des choses terrestres et la scène aurait pu se prolonger de longues minutes si un commis de magasin ne vint pas s'échouer contre son épaule dans un grand choc qui le renversa presque. L'employé se confondit en excuses et s'inquiéta de la mine désorientée de Vladimir qui profita de l'occasion pour prendre la direction de la Coupole qui venait de lui revenir en mémoire : à l'ouest, près de la Voda. Il ne se retourna pas pour voir si la jeune femme le regardait toujours car il savait que c'était le cas, un frisson le parcourut tandis que le rêve revint à sa mémoire. Et c'est en sa compagnie que Vladimir se rendit au Grand Musée de Perle.
Le froid eut un effet particulièrement bénéfique et la torpeur disparut doucement, cependant Vladimir s'arrêta deux fois pour vérifier que personne ne le suivait, ce qui n'était pas le cas. Il traversa un petit parc bordé de tilleuls, le bruit des conversations étaient adoucies par la lumière qui déclinait, le soir tombait sur Perle. Bientôt Vladimir passa devant une orangerie avant de se retrouver sur l'allée qui menait à la Coupole qui lui apparut de profil. Ce bâtiment était une merveille d'élégance avec un vaisseau principal de 250 mètres surmonté d'une verrière et entrecoupé de deux nefs transversales culminant à 50 mètres de hauteur, semblable à un palais de verre, de pierre et de métal dont les entrées seraient gardées par de magnifiques quadriges en cuivre repoussé. Ces sculptures représentaient les muses triomphant sur le Chaos. Une frise extérieure rehaussée d'or se situant sous le péristyle se développait quand à elle sur une distance de 100 mètres afin de livrer aux regards quelques magnifiques représentations exotiques et historiques : l'Égypte, la Mésopotamie, Rome, la Renaissance… avant d'évoquer le Rêve lui-même, ses fortifications et ses beautés et puis la ville de Perle, représentée sous un soleil levant, glorieuse comme dut l'être la Babylone amorrite protégée par la déesse Ishtar. La lumière déclinante ne permettant pas d'en voir plus Vladimir se dirigea vers l'escalier principal où se pressaient des dizaines de personnes alléchées par le sujet de la conférence du Professeur Morgenstern. Il y avait là des gens de tous milieux : notables tranquilles, aristocrates aux vêtures élégantes et variées (les femmes surtout car les hommes portaient à peu près le même genre de vêtements : redingotes, par-dessus, gilets, pourpoints, fracs, chapeaux haut de forme, portant cannes et monocles), artistes peintres, sculpteurs, intellectuels, peut-être des écrivains et des illustrateurs et quelques militaires arborant diverses médailles et décorations.
Vladimir tenta de trouver l'endroit où commençait la file et se faufila en bas des marches puis patienta tranquillement en écoutant les conversations. Un grand gaillard de belle allure se trouvait à ses côtés sur les marches et tous deux cheminèrent sur l'escalier menant à l'entrée. Quelques minutes plus tard ils se trouvèrent devant l'imposante porte où un gardien les fit patienter avant de leur demander leurs invitations. Vladimir s'étonna et parla de l'annonce faite dans la gazette qu'il avait gardée en poche et où nulle mention n'était faite quand à une invitation à titre nominatif.
— Hé bien monsieur, il est stipulé que l'invitation est valable pour les Amis (et il appuya bien sur ce mot) de la revue Lex Libris… et les Amis de cette gazette cotisent toute l'année afin de profiter d'expositions et de vernissages, de conférences et de voyages en aérostat au-dessus de Perle, si vous n'êtes pas un Ami de la revue je ne peux pas vous laisser entrer cette fois, vous m'en voyez navré…
Vladimir essaya d'expliquer qu'il venait d'arriver à Perle et qu'il était ignorant des détails afférents à ce type d'événement mais rien n'y faisait, le gardien répondait d'un air patelin. Bientôt, Vladimir présentât tous les signes de l'abattement. Le grand gaillard à ses côtés regardait cette scène avec patience puis prit la parole d'un ton courtois avec un accent russe :
— Monsieur, nous n'avons pas été présenté, mais considérez que vous êtes mon invité, une amie devait me rejoindre et je ne la vois pas alors que la conférence va bientôt commencer. Il se trouve que je suis un Ami (et l'inconnu appuya aussi sur le mot) de la revue puisque j'y participe. Le fait que vous ne vous soyez pas vraiment renseigné quand aux formalités d'entrée me suffit pour savoir que votre empressement doit être satisfait.
Et il tendit un petit carton au gardien qui y jeta un œil et les fit passer. Vladimir était un peu penaud de sa méprise et s'excusa pour sa naïveté précisant qu'il n'était pas au courant de l'existence de ce club des Amis de la revue qu'il n'avait pas encore totalement lue.
— Ce n'est rien monsieur…
— De Valeska, Vladimir de Valeska, je suis arrivé il y a peu…
— Je m'en doute bien et puis bah… pressé de profiter des joies et de la culture de cette jolie cité vous vous êtes précipité à la première conférence dont vous fûtes informé. Allez ce n'est pas bien grave et puis je pense que cet exposé vaut la peine d'être entendu, vous avez simplement eu de la chance de tomber sur moi, je m'appelle Piotr Ivanovitch Blokh et je suis graveur. Je pratique la taille d'épargne et la taille douce, je réalise des eaux fortes pour Lex Libris en vue de me lancer plus tard dans la lithographie, c'est une nouvelle technique forte intéressante, vous connaissez ?
— J'en ai entendu parlé.
— Je vois, écoutez, nous en reparlerons, je vous expliquerai de quoi il retourne, vous êtes artiste ou simple voyageur ? Votre accent me dit que vous venez d'un pays très peu éloigné du mien…
— Si vous êtes Russe vous avez raison, je suis Moldave.
— Ah ! La Moldavie, étonnant pays ! J'ai traversé votre patrie de Foltitscheni à Adjud, que de beaux paysages j'ai pu apercevoir…
Et c'est en disant ces mots que les deux hommes atteignirent la salle des conférences indiquée par de petits panneaux dans le grand couloir du musée. Vladimir remarqua que la haute stature du Russe faisait se retourner les dames sur son passage, ou peut-être était-ce sa voix de stentor qui résonnait dans la place, toujours est-il qu'il semblait habité d'une force orgueilleuse qui contrastait avec l'aspect maladif du Moldave, beaucoup plus discret. Ils s'assirent au quinzième rang et le dénommé Piotr fit se lever plusieurs personnes déjà assises avant de s'installer sur une chaise. Vladimir le suivait et s'excusait pour deux. La salle était extrêmement bien conçue car légèrement en pente comme pour les théâtres. Des tapis rouges recouvraient le marbre blanc.
— On entend très bien dans cette salle, lui dit Piotr en souriant, pas la peine d'aller plus loin. Puis, essayant de chuchoter il demanda à Vladimir : Demain c'est Sviata Vetcheria, vous allez passer cette fête seul ?
— Hé bien, je pense que oui, je connais peu de monde ici et à vrai dire… en fait je ne connais personne.
— Oh, comme c'est dommage, mais pourquoi n'avoir pas invité de la famille ? (à ces mots Vladimir eut un petit sursaut incontrôlé. Puis le Russe se ravisa). Je vous demande pardon, j'espère ne pas faire d'offense, excusez ma curiosité maladroite. Je suis là depuis 6 mois et j'ai déjà oublié combien mon arrivée fut pénible, je ne connaissais personne non plus et j'ai mis du temps à m'installer. Pendant quelques semaines j'ai songé à repartir, je ne trouvais pas de travail et puis je suis allé à la librairie Démeraude et là, le patron a vu mes gravures, m'a recommandé à des imprimeurs et, de fil en aiguille il a finit par passer quelques commandes et m'a prêté quelques livres sur la zincographie et la xylographie. Il m'a à la bonne maintenant on dirait bien, continua-t'il en donnant un grand coup de coude à Vladimir. Ce dernier sourit et apprécia la présence amicale de son voisin qui semblait plus bavard qu'un Zaporogue.
Les gens continuaient à s'installer et les allées se garnissaient de part et d'autre. Après un silence, Piotr continua :
— Vous allez rester longtemps ?
— Je n'ai rien décidé pour l'instant, je visite la ville. Je découvre d'autres formes de cultures plus méridionales auxquelles je ne suis pas habitué…
— Oh… mais si je peux me permettre je ne pense pas qu'il y ait des formes de cultures à Perle, il y a des représentations culturelles certes mais bien peu de culture.
— Mais… enfin ! Vous êtes allé comme moi chez Démeraude. fit Vladimir, dubitatif.
— Démeraude ? C'est l'équivalent d'une réserve de musée. Ouvrez les yeux ! La culture est vivante ! Où avez-vous vu une chose vivante à Perle ? Il y a beaucoup de gens à se pavaner avec ostentation oui, mais des œuvres créées ici-même, il n'y en a pas…
— Il y a vos illustrations, il y a les concerts donnés à l'Opéra, il y a sans doute des gens qui peignent la ville telle quelle est…
— Mais que nous donne la ville mon ami ? répondit Piotr d'un ton énergique, Que nous offre-t'elle de son histoire ? Si je peux me permettre je ne pense pas que ces formes de cultures soient très représentatives à Perle, pour découvrir quelque chose il faut s'immerger et ici on ne peut pas.
— Et pourquoi donc ?
— Parce qu'ici il n'y a pas de véritable culture justement, il n'y a que des représentations et des représentants de toutes les cultures européennes . Par exemple vous, vous allez représenter un certain type de culture moldave mais ce ne sera pas toute l'histoire de la Moldavie que vous représenterez sans vouloir vous vexer. La culture, ici, est totalement sortie de son contexte historique si vous préférez…
— Oui mais il y a l'architecture par exemple, je suis dans un petit hôtel vénitien et on se croirait presque Place Saint Marc.
— Je crois que le mot presque veut tout dire, vous voyez… reprit le Russe de manière ironique. L'hôtelier est-il Vénitien ?
— Je ne crois pas non, il me semble que c'est un Autrichien.
— Quelle amère dérision… Vous savez, Vladimir, je crois que vous vous trompez, si vous détachez les hommes des lieux, si vous mélangez tout vous n'aurez pas la véritable culture. Vous pourriez apporter un temple grec à Londres, je ne pense pas que vous seriez en contact avec le culture grecque, vous resteriez dans la ville la plus peuplée de notre siècle, celle que les Romains appelaient Londinium et qui fût ravagée par la reine Boadicée 18 ans après sa fondation. Ici, les choses nous échappent, c'est comme une miniature de l'Europe. Je ne dis pas que c'est mauvais, je dis que c'est comme un musée, ce sont des images du passé.
— Je vous suis. Évidemment, si je veux connaître Rome il faut que j'aille à Rome… mais Perle n'a vraiment pas de culture ? Je veux dire, tous ces talents, cette profusion de personnalités !
— Je peux vous dire que les gens ici partagent peu…
À cet instant le Directeur de la Coupole fit son entrée et vint sur l'estrade jusqu'au pupitre d'un pas alerte et presque sautillant. Les conversations s'estompèrent. Piotr fit un signe de tête en direction de la scène et les deux slaves s'interrompirent.
— Mesdames et Messieurs, ce soir est un grand soir ! En effet, le Professeur Morgenstern nous a fait l'illustre privilège de venir traiter d'un sujet tout particulier. Ce sujet, vous l'avez lu sur nos invitations parlera de l'éloquence poétique, de l'intuition créatrice, de la manière tout à fait mystérieuse qu'ont les artistes de créer et de proposer des œuvres à leurs contemporains. Cet exposé essaiera de vous expliquer en quoi l'intuition est supérieure ou peut être supérieure aux arguments rationalistes. Je vous prie d'accueillir le Professeur Morgenstern.
Sur le côté gauche de la salle se leva alors un homme vêtu d'une tenue de velours brun plutôt rustique, il était d'assez haute stature, les cheveux blancs, en bataille, le regard brillant, les joues potelées et un visage presque hilare. Il rejoignit bien vite le Directeur, lui serra la main et s'adressa à son tour au public.
— Mesdames et Messieurs, habitants de Perle, voyageurs de passage, je suis plutôt habitué à faire des conférence sur le mesmérisme mais il ne sera pas question de baquet ou de magnétisme ce soir. Il ne sera pas question de technique. Et pourtant, dans cette magnifique cité de Perle on pourrait parler de longues heures sur les travaux et les études qui ont donné naissance à cette merveille. Mais non, nous ne parlerons pas de ça… (Il s'interrompit) … Cependant, avant de commencer je voudrais vous remercier d'être venus ce soir et il est serait aussi tout à fait indélicat de ma part de ne pas exprimer mes hommages les plus sincères aux Sœurs du Rêve qui ont bien voulu accorder un peu de leur précieux temps pour venir m'écouter. Leur présence est une distinction que les plus grandes universités d'Europe seraient bien en peine de m'offrir.
À ces mots il étendit le bras d'un geste ample comme s'il faisait une révérence et son regard sagace scruta le balcon central, plongé dans l'obscurité. Vladimir tourna la tête pour tenter d'apercevoir s'il y avait quelqu'un à ce balcon mais ne put rien distinguer dans l'encadrement de la loge qu'une épaisse tenture de velours cramoisie et, contrastant étonnamment avec la magnificence du lieu ce qui semblait être une peau d'onagre reposant à même la balustrade. N'osant pas se faire remarquer pendant cet instant qui paraissait aussi officiel que solennel, il ne demanda pas à Piotr qui étaient les Sœurs du Rêve ni ce qu'elles représentaient pour le Gouvernement, la Coupole et la Culture en général, encore moins ce que faisait la peau de cet âne mort au beau milieu du Musée. Cependant, cette façon si révérencieuse qu'avaient les gens d'en parler l'intrigua.
Bientôt les dames sortirent leurs éventails et l'assistance se fit muette. Vladimir se cala dans son fauteuil et écouta cet intéressant exposé qui dura quarante cinq minutes où il était surtout question d'inexplicables hallucinations poétiques dont les mystères sont condamnés par une science impuissante à pouvoir les analyser. L'orateur parlait avec beaucoup de conviction, ce qui fit qu'il triompha car on s'oublia dans ses paroles. Puis quelques questions lui furent posées, ce qui lui permit de faire montre d'une grande sapience et d'émailler ses réponses de plaisanteries d'un goût très sûr, reprenant ainsi sa forme humaine sensible et généreuse. Piotr semblait étonné de son côté et glissa à son voisin un “On peut vraiment dire n'importe quoi quand on vient d'une université” qui en disait long sur l'appréciation qu'il se faisait de ce qu'il venait d'entendre, imperméable qu'il était à l'éloquence gracieuse du Professeur. Puis il donna une nouvelle fois du coude à Vladimir et lui indiqua qu'une personne s'était retournée à maintes reprises dans leur direction, en indiquant où elle se trouvait assise, à une dizaine de rangs sur la droite. Vladimir scruta vaguement la salle car il savait bien qu'il ne connaissait personne à Perle mais il sentit une certaine appréhension revenir en se souvenant de la jeune femme sur le banc. C'est avec surprise qu'il accrocha le regard malicieux et doré d'une jeune femme blonde qui lui adressa un magnifique sourire et lui fit signe avec vivacité de l'attendre dans le salon où les apéritifs allaient être servis.
La Comtesse Laetitia Marie du Tapis Rouge de Sixte assistait à cette conférence elle aussi.
01:36 Publié dans La Nuit | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note









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Commentaires
Effectivement on commence à rentrer dans l'action.
Pour la véritable idée de ce que sont les vampires, je crois moi que nous en avons tous une différente. Je ne sais pas s'il en existe une vraie, mais ce que je sais c'est que j'apprécie la cohérence, peu importe le sujet d'ailleurs. Je n'ai pas encore vu le film Twilight, par contre dans les livres sa description des vampires et de leur mode de vie est cohérente, ça me suffit, et en toute honnêteté, vu mon état d'esprit j'avais besoin d'un livre simple, d'une bonne histoire qui fait rêver, pas de quelques choses qui fait réfléchir.
Maintenant que ma mécanique personnelle va mieux, je suis à nouveau apte à être plus exigeante !!!
je continue donc ma visite de perle, en apréciant toujours autant le style !!!
Gros bisous et merci !!!!
Ecrit par : Etoile25 | 17.02.2009
Je me suis documenté sur le mythe du vampire pendant quelques années, ma famille provenant elle-même du Nord des Carpathes, j'en ai entendu parler quand j'étais petit. L'explication symbolique est, il me semble, la plus riche. Après on ne peut pas reprocher à Bram Stoker d'avoir utilisé ce mythe à des fins livresques et de l'avoir rendu presque romantique, c'est sa touche personnelle (mais, ailleurs, le thème est souvent très calqué sur Dracula et c'est un peu dommage).
Pour l'anecdote, on m'a donné le surnom de Vittorio à cause d'un livre d'Ann Rice.
Le chapitre 4 sera plus axé sur les dialogues et une nouvelle rencontre, ce qui fait qu'au chapitre 5 les principaux éléments de l'intrigue seront réunis.
PS : je savais bien que ce n'était pas simple d'écrire un roman. :-)
Ecrit par : Cult! | 17.02.2009
J'ai bien fait de venir vous lire car j'ai toujours adoré les histoires de vampires et j'aime beaucoup Ann Rice.
Bon, j'ai levé une ambiguité, vous êtes Vittorio... Enchantée de faire votre connaissance à l'abri des lumières de votre univers.
Vous avez une jolie plume et un style affirmé... des idées aussi. Mais comme vous dites, cela n'est pas simple d'écrire un roman... quand on voit la difficulté parfois pour éditer un simple billet sur un blog.
Je vous félicite et je vais mettre un lien chez moi, j'ai envie de revenir lire vos prochains chapitres!
Ecrit par : luthecia | 17.02.2009
Merci à vous, c'est très gentil.
Pour résumer, écrire ce livre me semble impératif à présent, parce que ces personnages je les connais bien.
Pour la petite histoire, j'ai commencé à prendre des notes cet été, vers octobre/novembre j'ai mis mes personnages en situation dans une série d'ébauches de dialogues : "le Chroniques de Perle" pour que leurs caractères se dévoilent pleinement, le style est différent, c'est plus lâché. Disons que j'ai écrit un bonus avant de me mettre au véritable texte.
J'ai été acteur et spectateur de cette petite pièce de théâtre, cette comédie de cour. Je tiens particulièrement à Tissia (Laetitia) qui m'a donné le ton.
Enfin, j'écris rapidement mais je publie lentement pour avoir une marge de manœuvre. Donc il faut être patient et j'ai bien conscience qu'on ne peut pas vraiment lire un livre sur un blog. Il n'y aura que la période "Perle" sur mon blog, le reste je vais l'écrire et voir ce que je peux en faire.
Pour le fond, c'est un conte philosophique et fantastique qui parle des illusions et des rêves, c'est une histoire d'amourS aussi.
Welcome aboard.
Ecrit par : Cult! | 17.02.2009
Cher Von Vous,
Je vous jure de vous lire le jour où vous faites une sortie papier de tout cela, car loin d'une mauvaise foi caractérisée de ma part, ce qui n'a jamais de toutes façons été mon for, et de la paresse de vous lire, je ne tiens pas à vous rendre coupable de l'aggravation de mon astigmatie.
Bien à vous.
Ecrit par : chtrak | 22.02.2009
La sortie papier ne dépendra pas de moi uniquement.
Ecrit par : Cult! | 22.02.2009
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