23.01.2009

La Nuit, I.II

CHAPITRE DEUX
Mon corps est une cage.


Les jours qui suivirent furent l'occasion pour Vladimir de visiter Perle. Il sortait en fin d'après-midi quand le jour commençait à décliner et dut prendre ses repères en fonction des bâtiments les plus élevés, ce qui lui semblait le plus logique. Ses journées étaient agréables car l'hôtel était pourvu d'une jolie bibliothèque pour les voyageurs de passage, il y avait là beaucoup de livres classés par genres et notamment un grand nombre d'ouvrages de philosophes grecs, des revues de botanique et d'histoire, quelques recueils de poésie, un petit nombre de romans d'aventures, le choix n'était pas infini mais il était suffisant pour combler ses matinées et les ouvrages étaient choisis avec un goût sûr. Vers midi le personnel de l'hôtel venait faire le lit et le ménage, Vladimir en profitait pour se rendre dans le petit salon près du restaurant afin de boire une infusion à base d'orange et d'argousier. Il descendait rarement sans d'épaisses lunettes aux verres fumés ce qui lui permettait de détailler la clientèle de l'établissement en toute tranquillité. C'était un véritable plaisir pour lui d'observer les gens allant et venant avec leur personnel, leurs bagages, leurs tenues typiques. Il était aisé de reconnaître un notable prussien, un artiste italien, un journaliste français, chacun se distinguant à travers la mode de son pays et le métier qu'il faisait, la clientèle de l'hôtel était cependant relativement modeste, les aristocrates avaient plutôt tendance à loger dans les palaces du sud-ouest de la cité, dans le Grand Quartier.

Il n'était pas rare qu'on s'adressât à lui, par politesse ou pour lui demander quelques renseignements sur Perle, renseignements qu'il avait bien du mal à donner car il n'existait pas encore d'ouvrages recensant les merveilles de la cité, leurs provenances ou leur historique, la ville était neuve sous ses apparats anciens. Vladimir ne cessait de le répéter et de s'excuser : il ne pouvait être d'aucune utilité, il avait déjà bien du mal à assimiler tout ce qui s'offrait sous ses yeux lors de ses promenades. Parfois il pouvait donner quelques indications et certains bâtiments étaient facile à localiser : l'Opéra de Perle à quelques pas du centre dit-historique vers le nord, la Coupole (ou Grand Musée de Perle) sur les bords de la Voda en direction de l'ouest, la Cathédrale Sainte-Katherine au sud. Mais pour les quartiers c'était une autre affaire. Pragmatique, il notait parfois dans un petit calepin les noms qu'on lui donnait pour tenter de trouver les endroits, les adresses de brasseries ou de souks, les noms d'artisans, de commerçants afin de pouvoir aider quelqu'un à une autre occasion. Mais peu de noms revenaient, sauf un : la librairie Démeraude.

Cet établissement semblait très demandé, les voyageurs lui expliquaient alors que son propriétaire avait été chargé par le Gouverneur d'acquérir les ouvrages les plus rares d'Europe et que ses rayons abondaient d'ouvrages rarissimes et peu communs. Bien souvent hors de portée de la bourse de l'habitant moyen, il était possible cependant de les consulter. Les livres les plus rares étaient redirigés vers la Grande Bibliothèque de Perle afin d'être conservés. Vladimir avait plaisanté alors sur la ville qui lui semblait être une véritable Arche de Noé culturelle. Il échangeait ses impressions avec les autres voyageurs de manière courtoise et pleine d'une saine curiosité, il se sentait bien accueilli à Perle et il comprenait bien que cette ville, absolument unique en Europe, pouvait lui donner l'occasion de rencontrer un grand nombre de gens de tous horizons. La magie du cosmopolitisme faisait son effet, chaque journée étant un trésor de découvertes. Un jour se distinguait plus que les autres néanmoins, c'était le mercredi, le jour de la publication de la Gazette de Perle, vendue deux pfennings et disponible à l'hôtel. Cet aimable journal relatait les événements de la vie de la capitale et annonçait une multitude de célébrations et d'expositions en tous genres ainsi que, bien entendu, des nouvelles du monde “extérieur” au Rêve. Des nouvelles d'Argentine avec l'arrivée au pouvoir de Juan Manuel de Rosas ou encore d'Asie avec l'interdiction de la satî au Bengale (coutume funéraire qui permettait de brûler rituellement la veuve encore vivante en même temps que son mari décédé) ou encore le ministre français des Affaires étrangères Polignac proposant le partage de la Turquie, marché refusé par le tsar Nicolas Ier de Russie. On parlait aussi de ce mystérieux adolescent de Nuremberg : Kaspar Hauser, l'orphelin de l'Europe, victime cette fois d'un attentat. Chaque nouvelle du monde était chargée de violence, il semblait que la planète fut prisonnière des tractations et des drames humains, tout paraissait menaçant et triste au dehors, Vladimir soupirait longuement en lisant les dépêches et au fil du temps décidait de n'accorder son attention qu'aux découvertes scientifiques et médicales. Les nouvelles du Rêve étaient beaucoup plus agréables : ouverture d'un port marchand à l'ouest de Perle sur la Voda, vol d'aérostats sur l'esplanade du Château dimanche prochain, une rubrique mondaine, quelques réclames où se trouvaient justement l'adresse de la fameuse librairie Démeraude : 6, rue du 13 mars. Quartier des Arts. 000.01.

Il arrivait aussi que Vladimir ne désirât voir personne et n'accordât pas la possibilité au personnel d'interrompre ses rêveries. À l'occasion d'un passage dramatique lors d'une lecture il ressentait les souffrances de la solitude, se questionnant sur ses recherches et sur le sens de son existence. Il prenait alors le petit cadre entre ses doigts pour le regarder longuement, parfois il en caressait la surface, touchant la peinture écaillée. Ces moments étaient terribles et l'emportaient sur les chemin de la tristesse et de l'affliction, comme si la nature complotait contre lui pour le faire plonger dans une série d'extases douloureuses et sournoises le conduisant parfois jusqu'à l'hémicrânie. Sa chambre était bien souvent plongée dans le noir et une personne qui se serait trouvée dans la pièce n'aurait entendu que le bruit des draps qui se froissent, de pas faisant grincer le parquet et de quelques sanglots étouffés. Ces périodes étaient assez rares mais le laissait dans un état de stupeur qui l'accablait grandement. On aurait dit qu'un mal sournois le rongeait, un sentiment comme la culpabilité aurait produit le même ravage sur son âme. Vladimir était broyé par la peine qui se manifestait, par ces crises qui le forçait à se couper du monde, par cette morbide impression que son corps était une cage don't il n'arrivait pas à se libérer ou alors pour s'attarder à des rêveries plus funestes encore. Il méditait et écoutait toute la résonance d'une âme solitaire, comme si la sourde rumeur d'une ville entière se produisait en lui, son visage prenait alors la pâleur d'un jour déclinant. Il ne se sentait ni tout à fait mort ni tout à fait existant et c'est avec d'autant plus d'ardeur qu'il descendait après avoir pris manteau et chapeau pour s'enivrer des lumières tardives de Perle, pour se griser de la sensation de vie qui fécondait chaque jour les ruelles empavées de la cité. Là, l'attendait le spectacle réjouissant des badauds se pressant pour rentrer chez eux, des artistes grisés de leurs journées passées dans les estaminets et les bistrots, prêts à travailler la nuit dans leurs ateliers afin d'offrir à Perle leurs premières œuvres réalisés dans le Rêve. Il cherchait les lieux les plus populaires et les moins huppés pour trouver quelques caillettes propres à commenter l'actualité de la ville et chaque imprécision, chaque jugement à l'emporte pièce le ravissait. Vladimir aimait les gens, leurs travers, la chaleur qu'ils étaient capables de dégager pour la moindre anicroche, leurs humeurs et maladresses. Leur nécessité de paraître important. D'aucun aurait fuit ce type de comportement vaniteux mais Vladimir s'en régalait. Il appréciait les humeurs des gens comme un homme éperdument amoureux adore les inexplicables caprices de la dame de son cœur. En laideur autant qu'en beauté. Aller vers autrui lui permettait de quêter du courage et le babil le plus mièvre l'emplissait parfois d'une incommunicable chaleur.
— Vous croyez que le Rêve sera annexé un jour ?
— Vous voulez dire comme en Australie ?
— Oui, annexé par la Prusse ou la Russie par exemple, quand même, le Rêve est un petit pays…
— Regardez donc autour de vous, tout ce luxe, les banques s'enrichissent et prospèrent, ne pensez vous pas que le Gouverneur n''utilise pas ces avantages pour doter le pays des canons dernier cri.
— Il ne me semble pas avoir vu l'ombre d'un militaire ni d'une police…
— Oui vous avez raison, mais je crois que la police existe à Perle, elle est même partout, vous le saviez ? N'est-ce pas monsieur ? Monsieur ?
— De Valeska.
— Monsieur de Valeska, nous parlions de la police, savez-vous si Perle a une police ?
— Hmm… Je n'en ai pas la moindre idée mais il est fort possible que des gens d'armes œuvrent habillés comme vous et moi… enfin comme moi, vous avez un bien trop luxueux manteau pour la police.
— Ce monsieur prétend que la police est partout, c'est un peu fort… Et en même temps tout à fait rassurant.

Vladimir n'avait jamais croisé la moindre âme policière depuis son arrivée, il était arrivé de l'Est, avait passé les larges murailles du Rêve et s'était penché pour observer le paysage, pour voir si l'herbe était aussi verte qu'en Moldavie, si la campagne alentours était aussi jolie. Un grand nombre de pâturages lui étaient apparus mais nulle âme n'avait été rencontrée avant l'arrivée à Perle. Pas de soldats hormis ceux du poste frontalier, quelques hospodars farouches, vêtus de casaques noires, armés de sabres et de fusils à baïonnette. Point de canons dernier cri non plus et à bien y penser tout ceci semblait bien irréel d'ailleurs.

Il neigeait toujours sur Perle et les chaussées devaient être dégagées par le personnel municipal, habillés comme des chasseurs d'hôtel, pelle en main, ils s'affairaient à faire en sorte que nulle glissade accidentelle ne se produise. Vladimir pouvaient les entendre chaque matin dans les rues, il tirait alors un des rideaux de sa chambre pour voir ces âmes bienveillantes préparer la ville brumeuse à toutes ses mondanités. Trois semaines étaient passées depuis son arrivée et il lui arrivait de penser à cette jeune femme qu'il avait bousculé malencontreusement. Ne sachant d'ailleurs s'il était important d'y accorder beaucoup d'intérêt, mais ce qu'il savait c'est qu'il l'avait trouvée pleine de caractère et de spontanéité bien qu'il ne fut pas en état, fatigué par son voyage, d'apprécier comme il se devait cette rencontre insolite. Il continuait chaque matin de détailler la physionomie des jeunes femmes arrivant à l'hôtel Vltava, leurs toilettes, le soin qu'elles prenaient à se soucier du moindre détail de leur parure et il lui semblait de plus en plus vital d'avoir des contacts en ville avec qui il pourrait tisser des liens amicaux pour échanger des impressions régulièrement. Peu d'hommes se satisfont d'être de solitaires voyageurs dans une capitale telle que Perle, la quantité de surprises méritait qu'on les partageât. Mais il lui semblait bien artificiel de se contenter de s'adresser à une personne en particulier pour son apparence, son titre, son statut social sans avoir pris soin de décider au préalable ce qu'il pouvait révéler de lui-même. Et Vladimir se sentait lui-même bien démuni d'histoire et bien pauvre en récits à narrer. Il pouvait parler de la Moldavie, de ses ancêtres, de sa famille mais cette perspective ne l'enchantait guère. Il guettait les conversations dans les restaurants le soir, mais se sentait coupable de ne pas avoir grand chose à dire ou d'avis à donner. Vladimir était comme un enfant découvrant l'Europe et ses émerveillements lui demandaient beaucoup de temps afin d'assimiler ce qu'il vivait. Au fur et à mesure des jours qui passaient il se rendit compte qu'il pourrait avoir une discussion aussi limitée qu'un prisonnier sortant de bagne et cela l'accablait. La lecture des différents journaux ne lui permettait pas de se forger un avis, il avait bien compris que chaque nation défendait ses intérêts et que la mauvaise foi était monnaie courante, que la vérité ne se lisait pas dans les gazettes et qu'un éclat de rire était tout autant porteur de signification selon le mode sur lequel il fusait que n'importe quel gros titre. Chaque jour il apprenait à vivre en société, ce qu'il n'avait jusqu'alors pas connu.

La semaine qui commençait allait être une semaine bien particulière car les slaves résidant à Perle s'apprêaitent dans les jours qui venaient à fêter Noël et le Jour de l'An, (le 7 et le 13 janvier selon le calendrier Gregorien, le Rêve ayant aussi adopté le calendrier Julien).
Les différentes communautés venant de l'ouest s'en tenaient à leur calendrier tandis que les slaves conservaient leurs coutumes. Les volaillers, pâtissiers et autres commerçants de bouche étant ravis de cette situation unique en Europe. Perle fêtant deux Noëls et deux Jours de l'An, c'était donc une période appelée “les 13 jours” qui voyait la ville se charger d'autant de gaieté et de lumières, ainsi que de visiteurs de marque décidés à passer des fêtes somptueuses, billets en poche afin de satisfaire leur goût du luxe.
Vladimir avait beaucoup entendu parler de ces fêtes et il se régalait à contempler les trésors que contenaient les vitrines des commerces de la ville. Les fêtes de l'ouest étant terminées c'était chez les étals des épiciers russes que se tournaient tous les regards. Dans quelques jours il était question de préparer le Sviata Vetcheria (dîner de Noël) constitué des 12 plats en l'honneur des 12 apôtres : la kutia, le borsch, les vushka, de la carpe, les vareniki et les holubtsi. Les enfants se préparaient aussi aux Kolyadky, coutume charmante qui consistait à aller chez les voisins pour chanter quelques chansons traditionnelles en échange de bonbons.
Il y avait peu d'enfants à Perle, et peu de familles car la majeure partie de la population était venue par intérêt financier, professionnel, diplomatique ou commercial mais il y en avait suffisamment pour que le Gouverneur n'ait pas omis de faire construire une école et une université avec les meilleurs enseignants. Aucune administration n'avait été négligée et les plus imposants édifices du centre ville étaient les ministères…

Le lundi 4 janvier 1829 à 6 heures du soir Vladimir décida de se rendre à la librairie Démeraude. Les trottoirs étaient verglacés, la Voda se séparant en de nombreux canaux dans le centre ville (sans doute une coquetterie du Gouverneur qui désirait y mettre des ponts vénitiens), tous gelés et impraticables par les petites embarcations de plaisance si utiles et agréables au printemps. Vladimir sortait d'une de ces crises qui lui faisaient dire que son corps était une cage, la cage d'un fauve malade et seul, parfois désemparé et soucieux, alangui pour des raisons qui lui paraissent évidentes mais qui demeuraient chargées d'interrogations. Il éprouvait besoin d'aller au contact des habitants de la ville et avait décidé de se rendre dans cet endroit fort couru pour cette raison et puis aussi parce qu'il désirait y trouver quelques livres.
Après une vingtaine de minutes de marche il arriva dans un quartier aux rues étroites à quelques mètres des quais, les enseignes abondaient et coloraient les façades des petites maisons étriquées, les vitrines étaient chargées de calicots multicolores qui donnaient un air de fête à l'ensemble. Il lui fallut quelques minutes de plus pour repérer le but de son voyage : la librairie Démeraude était devant lui. Sa façade rubiconde interpellait car elle réchauffait le regard du passant, il s'approcha pour contempler la vitrine. S'y trouvaient quelques ouvrages : Polevoï, Mérimée, Michaud, Lamartine, la Légende héroïque allemande des frères Grimm ainsi qu'un volume de l'Encyclopedia Americana. En regardant à travers la vitre Vladimir aperçut de gros cartons posés sur le parquet ciré et put constater que l'endroit était assez vaste. Des gens se pressaient pour entrer et il leur emboitât le pas.

Un gros poêle réchauffait l'air de la librairie et une odeur douceâtre de bois venait réconforter les badauds transis par le froid qui viennent de pénétrer dans ce singulier espace. Partout des étagères où se trouvaient entassés des montagnes de livres de toutes provenances, imprimés dans diverses langues, sur des vélins luxueux. La plupart des ouvrages étaient reliés de jolie façon. Au bout de quelques instants Vladimir trouva ce qu'il cherchait : la thématique de chaque étagère, le sens même du classement, l'idée primordiale qui a permettait de ranger tel livre à côté de tel fascicule ou revue ; il n'y a rien de pire qu'une bibliothèque ou les livres sont rangés sans aucun ordre. Et Vladimir, plus que quiconque recherchait l'ordre à travers le chaos apparent.
Quelques personnes se bousculaient gentiment entre les rayons, se laissant passer, se faisant des politesses, s'adressant la parole parfois, s'interpellant entre eux dès qu'ils trouvaient une pièce intéressante. Car on sentait bien qu'il y avait là des connaisseurs, tous affairés à regarder les rayons, à se courber, à vérifier que tous les tomes d'une œuvre étaient là, à portée de main et de bourse. Mis à part ces quelques chuchotis dans cette atmosphère chargée de l'odeur du papier et des reliures de cuir il régnait sur ce lieu un sentiment paisible et calme, une ambiance de recueillement et d'apaisement.

Vladimir s'avança à pas comptés, doucement, sentant bien que le moindre mouvement brusque pouvait être pris comme une offense dans ce temple de la culture et du savoir. Tout en détaillant les étagères il se dirigae vers un immense bureau en chêne massif au fond de la boutique, un monsieur s'y trouvait, les cheveux blancs comme la neige, les doigts cagneux, vêtu d'une redingote surmontée d'un nœud papillon blanc. De petites lunettes étaient posées sur un long nez étroit et c'est par-dessus ces dernières que deux yeux fixèrent bientôt Vladimir qui s'empressa aussitôt de sourire.
— Bonjour Monsieur.
— Monsieur ? Bienvenue chez Démeraude. Que puis-je pour vous ?
— Hé bien, j'aimerai savoir si vous avez… et bien sûr que vous devez avoir ça, enfin, si vous aviez un rayon consacré à la philosophie et puis aussi je recherche des livres traitant d'astrologie…
— Philosophie ? Astrologie ? Hé bien, vous ne les trouverez pas tout à fait au même endroit… mais par chance, les bibliothèques sont adossées l'une à l'autre voyez-vous ? Il vous suffit de retourner sur vos pas, jusqu'au croisement là… oui derrière vous et puis vous tournerez à gauche et c'est la seconde rangée sur votre droite. Vous cherchez quelque chose de particulier en philosophie ? Sur Orphée ? Platon ? Aristote ? Thalès de Milet ? Héraclite d'Éphèse peut-être ? Parménide ?
— Hé bien, comme ça je ne pourrais vous dire…
— Attention jeune homme on ne juge pas un livre à sa couverture… Il faut savoir ce que vous voulez lire… Si vous ne savez pas, commencez par Pythagore puisqu'il a inventé le mot Philosophie, il doit s'y connaître.
— Je vous remercie.

En disant ces mots Vladimir accrocha du regard la couverture d'une revue posée sur le bureau.
— C'est notre revue. Vous voulez la feuilleter ? Allez-y, servez-vous, c'est là pour ça.

Vladimir pris la revue : “ Lex Libris, gazette littéraire”. Il en feuilleta quelques pages, regarda le sommaire et décida de l'acheter.
— C'est trois pfennings. Donnez-la moi, je vais vous en garder un exemplaire, si vous voulez aller voir nos livres allez-y car nous allons fermer dans 30 minutes. Et c'est fort court pour faire un choix philosophique.

Vladimir se dirigea vers le rayon Philosophie, il ne savait pas bien pourquoi il avait demandé à voir ces livres, après tout c'était surtout par curiosité qu'il s'était rendu en ce lieu, mais il fallait bien choisir quelque chose pour commencer, et pourquoi pas trouver un ouvrage qui puisse lui plaire au point de l'adopter contre quelques espèces. C'est un peu plus loin qu'il stoppa devant les ouvrages traitant de philosophie, ne sachant pas vraiment quel auteur lire il contourna l'étagère pour regarder les livres d'astrologie, ces derniers étaient plus anciens et les titres n'évoquaient rien à sa mémoire. Penaud, il se pris plusieurs fois à détailler les titres, les tranches, la largeur des volumes, à sortir les manuscrits foliotés de leurs pochettes, à ouvrir les livres de façon à regarder les vignettes et autres gravures mais rien ne lui parlait, rien ne lui semblait familier. Il sentit qu'il lui faudrait beaucoup plus de temps pour décider quel livre acheter ou alors se remettre au hasard. L'heure passait et, se rendant compte qu'il n'avait pratiquement pas vu le dixième des titres exposés, il rebroussa chemin en direction d'un meuble imposant aperçu en arrivant. Il pensa qu'à n'en point douter ce devait être dans cette vitrine fermée à clef que se trouvaient les trésors de la libraire. Dans cet imposant tabernacle vertical, véritable obstacle à la poussière et à l'humidité semblant, magnifique et imprenable, résister au temps lui-même. Et Vladimir ne se trompait pas car il put y admirer certains ouvrages précieux comme les Œuvres de Buffon, de Rabelais, les proverbes italiens d'Aloysio Cinthio, les Monnoyes de France par Haultin, la Galerie du Grand-Duc de Florence, les Aventures périlleuses du brave et valeureux héros Thewerdanck, les Anciens Romans de Chevalerie connus sous le nom de la Table Ronde, des Ouvrages des Vanini, des Beverland, des Ochin, des Cœlius Secoundus Curio, des Flaccus Illyricus, des Postel, des Viret, le Missæ ac Missalis anatomia, Gualteri Anti-Christus, les Œuvres de Callot et d'Albrecht Dürer, d'Horgarth, des ouvrages sur la Philosophie hermétique, la Philologie sacrée, la Théologie parénétique et contemplative, un opuscule sur la Médecine et la Chimie métalliques, l'or potable et les secrets Alchimiques, la Stéganographie de Jean Trithème, des prolégomènes historiques, des codex pharmaceutiques du XVème siècle, des ouvrages d'héraldique, un livre d'Histoire lapidaire, métallique et monétaire de l'Europe ainsi qu'un ouvrage totalement inconnu intitulé Liber finis mundi, X dont la tranche semblait damasquinée. Dans ce formidable meuble se trouvaient aussi des plans, des gravures et autres lithographies roulés soigneusement dans d'épais feuillets de papier cristal et qui semblaient attendre de livrer leur contenu au bibliophile troublé par cette manne prodigieuse.
— Mesdames, messieurs, nous allons bientôt fermer ! entendit-il prononcer sur sa droite. Alors, Vladimir se rendit vers le propriétaire du lieu, achèta la revue littéraire que le libraire avait enveloppé d'une feuille de papier chinois et pris congé en soulevant on chapeau avec délicatesse, pétri du sentiment d'être devant un vivant gardien d'un des temples du savoir. En sortant de la boutique il eu même l'impression de sortir de la mythique Bibliothèque d'Alexandrie et il se promit de réfléchir à quelques ouvrages à se procurer dans les semaines qui suivaient.

La neige reprit son ballet glacé et fouetta le visage des passants, aussi Vladimir décida de ne pas rentrer tout de suite et avisa un estaminet à quelques pas, un endroit appelé “le Dragon Lune”. En s'asseyant sur la banquette confortable, près du poêle il commanda une mominette, sortit la revue de son emballage et commença à la compulser. Bientôt il s'arrêta sur une annonce ainsi libellée :


Le Ministère des Sciences du Rêve
convie les Amis de la revue Lex Libris
le Mardi 5 janvier 1829 à 7 heures du soir
en les salons de la Coupole, Quartier Centre-Ouest,
à assister à la conférence du Professeur Mars Morgenstern

De la supériorité de l'intuition créatrice de l'artiste
sur les arguments rationalistes


en présence des Sœurs du Rêve.

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Cet exposé sera suivi d'un apéritif.


Sur la page figurait un dessin représentant une femme nue couronnée de soleil, les bras levés devant un croissant de lune. Elle portait une cape noire où se dessinaient quelques roses. Le fond de l'illustration représentait des étoiles et était légendée “Somnium Soreres, Vehementer Cupio Vitam".

Vladimir, étonné par cette annonce singulière décida de s'y rendre le lendemain.

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Commentaires

rholololololo.. dire que j'ai pas eu le temps de finir la 1ere partie moi. tss. je sais .. c'est pas sympa. en même temps j'ai mal aux yeux. bon. pis c'est long. mais je parcours le 2, comme ça vite fait ça a l'air sympa. faudrait l'imprimer pour que ça soye plus pratique.

Ecrit par : fx | 23.01.2009

Un mois pour lire une note, quand même ! (ou "comme même" comme écrivent les gamins maintenant).

Ecrit par : Cult! | 23.01.2009

Je vous attend plus FiXe, je trace maintenant…^^

Ecrit par : Cult! | 23.01.2009

Moi je vote pour (que tu traces....) !!!
J'aime beaucoup ce concept de microcosme parfait et artificiel, j'ai hâte de voir interagir le personnage principal avec la faune locale.
A bientôt je l'espère !!!

Ecrit par : Etoile25 | 25.01.2009

Merci pour ces encouragements. Il est évident que le décor est posé et que l'idée est lancée, il faut que la pièce commence sans plus tarder… je suis bien d'accord. :-)

Ecrit par : Cult! | 26.01.2009

Bon, en fait il y a 92 pages, ce qui est beaucoup plus que je ne pensais pour 8 chapitres, j'avais compté 56 pages initialement. Ce qui fait que le livre en intégralité dépasserait 700 pages. J'avais prévu de poster 182 pages ici mais je pense qu'il y en aura un peu plus.
Je tiens les comptes. C'est un travail qui me tient particulièrement à cœur.

Ecrit par : Cult! | 24.06.2009

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