21.12.2008

La Nuit, I.I

LA NUIT
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PREMIÈRE PARTIE


Standing by the wayside, begging for a ride
I been waiting so long, a year has gone.

A year (STATUS QUO,
Piledriver, 1972)

C'est le rêve qui fait l'homme. Ah !
VITTORIO VON KULT (déc. 2008)


CHAPITRE PREMIER
Ne parlez jamais à des inconnus.


“Allez au diable!”

Cette phrase résonna d'une voix sèche et grondeuse dans un des petits salons d'un immeuble bourgeois rue du Roule un beau soir d'hiver 1830. Elle fut prononcée par une jeune femme aux traits exquis, d'une finesse et d'une grâce qui faisaient chuchoter dans la rue sur son passage. Cette personne c'était Constance de Berny, Vicomtesse de Nesle. Et l'homme qu'elle venait d'interpeller de la sorte se tenait devant elle et tentait maladroitement de lui prendre la main. Autant dire que Constance de Berny donnait à ce moment là tous les signes de l'exaspération et  la froide fureur de cette jeune personne ne faisait qu'accentuer sa beauté et sa dignité. À ce courroux il n'existait aucune réponse. Aussi, le jeune homme n'insista pas bien longtemps à tenter de raisonner Constance car il savait que cela ne ferait qu'empirer la situation.
Fallait-il qu'un homme ait tout raté dans sa vie pour pouvoir s'approcher d'une jeune femme aussi gracieuse et, l'instant d'après s'entendre congédier de la sorte ? Que s'étaient-ils dit auparavant ? Pourquoi risquer de se rendre ridicule aux yeux de l'élite parisienne dans ce petit salon ? Quel horrible mystère cachait cette altercation ?
Le jeune homme était exsangue mais cette pâleur confinait presque à la lividité des gens égrotants. Pourtant ses yeux étaient brillants et clairs, ne trahissant aucune souffrance physique, aucune fièvre. Quant à l'état de son âme c'était un autre souci. Vladimir de Valeska était convaincu qu'il n'en avait plus ou plutôt, qu'il n'en avait jamais eu. 
C'était son mal à lui.

La phrase avait donc été lancée au visage de Vladimir avec beaucoup de conviction et de dépit. C'était impératif : il devait partir et séance tenante, il n'existait aucun remède ni explication à formuler. Et pourtant, dans ce salon un quatuor jouait le délicieux Di tanti palpiti, cette mélodie charmante qui évoque les battements du cœur des gens amoureux, des premiers moments, des premiers émois. Le contraste produit par cette scène fut d'autant plus saisissant que la colère et l'exaltation confinent parfois à une sorte d'extase muette. Que cette colère fut accompagnée de la plus douce des musiques en souligna l'aspect tragique.
Alors que les invités faisaient semblant de ne pas être témoins de cette étrange scène Valeska se rendit dans le vestibule et se fit apporter manteau et chapeau. Constance continua de le regarder, les yeux immobiles et, pour l'observateur attentionné il pourrait être admis que la Vicomtesse se mit à maudire son interlocuteur silencieusement tant elle bouillait de fureur, dressée et roide telle une walkyrie mondaine.
La tête légèrement penchée en avant, les lèvres tremblantes, le souffle court, exaspérée et, à présent muette, sous l'emprise d'un dédain glacé elle sortit un petit mouchoir brodé pour s'éventer.
Alors, puisqu'il n'y avait aucune autre alternative et que le trouble était à son comble le jeune homme se fit ouvrir la porte, dévala les escaliers et se retrouva dans la rue. En quelques minutes il fut sur les quais de Seine et marcha, ravagé de tristesse, d'un pas décidé en direction du Palais-Royal et de ses tripots, de ses hères désœuvrés et silencieux. Il faisait nuit. Cette nuit parisienne si intense et si froide, cette nuit où tout peut arriver. Et dans le cœur de Vladimir qui venait pourtant d'un pays lointain, qui avait traversé autant de frontières et dormi à la belle étoile dans des conditions désagréables cette nuit était sans doute la plus cruelle qu'il ait pu connaître. Ce soir là il était comme un ange sans rayons, égaré sur le chemin de sa propre existence.

Il est des moments où il est bon de se souvenir à quel instant précis une histoire commence. Il est des moments où il est bon de circonscrire le destin, d'en deviner l'équation, de chercher à connaître les cheminements secrets d'une intrigue et de pouvoir miser, tel un joueur, sur le succès de telle ou telle rencontre, de telle ou telle entreprise. Cette histoire est loin de s'achever et pourtant il serait aisé d'en deviner le dénouement. Il est des moments où doit se produire le paroxysme qu'attendent certaines âmes, émues de se frôler et de se chercher… Ainsi commence ce récit appelé “la Nuit” car c'est aux heures les plus obscures que se mettent en place les rouages de la destinée, c'est dans la pénombre et le secret que la fatalité ourdit ses plus terribles complots. C'est la nuit que l'imagination s'abreuve à la source de nos instincts pour nous signifier nos manques et nos désirs les plus inavouables. C'est la nuit que se déroulent les plus belles histoires, dans le silence merveilleux de nos cœurs, à l'heure du rêve, celle des confuses et innocentes prières enfantines comme à celle de l'assassin préparant son futur forfait.
Mais pour expliquer les méandres du destin dans lesquelles Vladimir de Valeska sembla se perdre en cette nuit de décembre il faut revenir une année auparavant dans la ville appelée Perle, capitale du Rêve. Une ville pas tout à fait européenne, ni orientale, une ville qui, pour certains n'a d'ailleurs jamais véritablement existé. Et pourtant…

En cet hiver 1829 Perle était sous la neige, comme dans un gros cocon de soie. Les rues commerçantes habituellement bruyantes laissaient place à présent au calme de l'hiver, un hiver très rigoureux. Des badauds emmitouflés se pressaient devant les vitrines du centre ville, dans le quartier dit-historique.

Pour ce qui était de l'Histoire du Rêve et de sa capitale il ne fallait pas aller plus avant que cet adjectif car Perle était dénuée de la moindre histoire. Cette ville était une création ex-nihilo d'un homme qu'on appelait le Gouverneur, un millionnaire, un homme si puissant et si riche qu'il fit venir toutes les maisons, tous les palaces, tous les monuments et même tous les habitants des pays limitrophes. Le Rêve était situé en Europe orientale, à la croisée de plusieurs cultures et ces cultures cohabitaient à tous les niveaux dans cette ville étrange. On pouvait y voir des bazars turcs, des marchés parisiens, des pubs londoniens, des brasseries viennoises, on pouvait goûter à toutes les spécialités de tous les pays d'Europe mais pour les habitants de Perle tout cela faisait partie d'une gigantesque attraction, un décor de lumières et de fastes. Oui, Perle était un décor géant, une ville opalescente et dérangeante, Perle était le paradis de toutes les aristocraties, de tous les commerces, de toutes les formes d'arts mais aussi et surtout, du cosmopolitisme. Et Perle avait la prétention d'être une ville parfaite, éloignée des guerres et des influences extérieures et les nations qui partagaient ses frontières la craignait. Car le Gouverneur, cet homme si puissant n'avait pu avoir établi ce merveilleux pays avec toutes ces richesses sans avoir pensé à le protéger, c'est pour cela qu'un épais mur encerclait le Rêve, un mur bardé de canons - les chroniqueurs mondains s'étonnant toujours que cet homme n'ait d'ailleurs pas acheté la muraille de Chine pour monter remparts et fortifications. 
Le Rêve était une puissance émergente et le récit des voyageurs l'ayant traversé attestaient de son faste, le Rêve était un pays où tout semblait possible. C'était un paradis des sens. Mais pour ce qui est de l'Histoire c'était un autre problème…

Tout le monde n'avait pas accès au Rêve, il fallait être un artiste reconnu, un riche bourgeois, un aristocrate, il fallait que les gens puissent participer à la vie du pays et le représenter, il fallait que Perle soit le symbole de toutes les beautés du continent, de son patrimoine et de son histoire. Au début de sa création, les observateurs italiens, français, prussiens, turcs ou polonais n'avaient pu s'empêcher de se moquer de ce projet totalement surhumain d'édifier une société dans ce qu'elle avait de plus noble et de plus esthétique, seulement Perle était là à présent et il avait fallut à peine 7 années pour que se dressât cette cité, ses monuments, ses églises, ses temples, ses commerces, son hôtel de ville en marbre de Carrare, entièrement importé de Toscane, ses maisons à pignons venant de toutes les capitales d'Europe. Le Gouverneur avait tout acheté, fait démonter, puis fait rebâtir dans ce nouveau pays au centre duquel était née sa mystérieuse capitale : Perle.
Le long de la Voda, le fleuve qui traversait Perle, en une boucle habilement dessinée se dressaient toutes ces demeures cossues et typiques, tous styles confondus, des hôtels particuliers, des manoirs, des immeubles administratifs faits de colonnes et habillés de caryatides. De majestueux lampadaires français ornaient les rues et la foule des habitants du Rêve déambulait en s'extasiant de tout ce luxe et de toutes ces merveilles. Loin d'être une ville de nantis frileux et de rentiers immobiles Perle était la capitale de tous les arts mais aussi de toutes les turpitudes.

Et c'est dans le centre dit-historique donc, dans cette ville sans passé qu'arriva Vladimir de Valeska un beau soir de décembre par la porte du Levant…

Perle se languissait sous l'hiver, ses vieux immeubles cossus réchauffaient de la projection de leurs lumières les rues verglacées. Il neigeait, quelques chiens errants parcouraient les rues parmi les badauds. Un lourd carrosse traversait la ville, chaque bosse le faisant grincer. Chaque accident de parcours le faisait tressaillir. Le cocher amèna son équipage à destination, à l'hotel Vltava.
Vladimir en sortit et fit porter ses malles à l'intérieur. Il occupait la chambre 36, le confort était spartiate, les lieux étaient usés, usés des pas des visiteurs, des étrangers, usés de l'anonymat même qui habitait les couloirs de ce petit hôtel vénitien. Pourtant dans ce lieu un soin minutieux avait été apporté pour que les hôtes de passage fussent accueillis avec simplicité et chaleur. Le visiteur de la chambre 36 se présenta et demanda à ce qu'on porte ses affaires dans sa chambre, une clé lui fut donnée. Il monta au troisième étage, accompagné d'un valet et de quelques chasseurs, laissa un pourboire d'une main hésitante puis inspecta les lieux en soupirant.
Il s'assit sur le lit fatigué, ôta ses chaussures puis s'empara de sa valise qu'il posa sur le lit, l'ouvrit puis commença à fouiller son contenu. Il en sortit un petit tableau entouré d'un cadre d'argent où figuraient trois personnes, une homme, une femme et un enfant, leurs traits étaient nobles. L'homme était habillé de façon stricte sans ostentation mais on devinait que sa situation était aisée, la femme étaitt assise près de lui et portait un costume traditionnel moldave, ses manches étaient brodés de motifs représentant des épis bruns, d'autres dessins floraux ou géométriques complètaient de façon exquise les décorations de sa robe. Un châle crème descendait le long du visage de la femme cerné de cheveux noirs. Les deux adultes se tenaient la main, l'enfant quand à lui était assis à leurs pieds et semblait avoir 7 ou 8 ans. Derrière les personnages se trouvait un épais rideaux rouge sombre, ce qui donnait cette impression de luxe et de confort. Aucun personnage ne souriait, accentuant la gravité de leur rigidité et pourtant il émanait de ce petit tableau une sorte de splendeur tragique. Splendeur accentuée par la poésie vulgaire de la chambre où se trouvait le jeune homme, confortable et douillette mais froide de toute personnalité.
Vladimir contemplait cette œuvre très étonnante de finesse et d'une grande puissance évocatrice puis la jeta sur le lit où il finit par s'allonger, fixant le plafond pendant quelques minutes. Au dehors on entendait des carrioles et des fiacres, des gens s'interpellaient et se parlaient bruyamment. La société de Perle était en effervescence.
Vladimir pensa au long voyage qu'il venait d'accomplir et aux raisons qui l'avaient poussé à l'entreprendre. Il soupira, contempla à nouveau le plafond comme s'il allait y trouver une réponse puis se leva, jeta un œil par la fenêtre, prit son manteau, mit son chapeau et descendit rapidement voir l'hôtelier, lui demanda quelques renseignements et sortit dans le froid glacé de l'hiver dans le centre
dit-historique, où chaque immeuble a été choisi pour l'impression d'ancienneté qui s'en dégageait. Vladimir s'extasia devant les échoppes et les étals, il admira toute la richesse des sociétés européennes, il était venu à Perle pour prendre contact avec elles. Au détour d'une rue, distrait, regardant derrière lui, il coudoya une jeune femme blonde sortant d'une parfumerie et manqua de la renverser. Il se saisit du parapluie de la demoiselle qui gisait à leurs pieds et se redressa pour le lui rendre bien vite. La jeune femme, au demeurant très jolie lui sourit. Sa tenue était très élaborée, Vladimir en déduit qu'elle devait être aristocrate. Elle portait un chaperon bordé de fourrure blanche qui lui encadrait le visage délicatement, quelques mèches blondes surgissant ça et là. Elle était assez petite et ce qui frappa Vladimir c'est la couleur indéfinissable de ses yeux car on aurait dit deux perles dorées. Sa bouche et ses pommettes avaient la rougeur du corail et soulignaient le hâle d'une peau en parfaite santé.
— Vous n'êtes pas du coin vous ? lui dit elle en anglais.
— Non, je suis désolé mademoiselle, j'espère que ça va. Je suis confus.
— Vous avez sans doute un peu froissé ma robe mais je n'ai pas le courage de vérifier que tout est en ordre là-dessous.
— Là-dessous ?
— Oui, sous mon manteau. Hum… Nous parlons depuis dix secondes, serait-il inopportun monsieur de vous signaler que vous ne vous êtes même pas présenté ? C'est fort peu convenable.
— Vous m'en voyez navré, je ne… enfin, je m'appelle Vladimir de Valeska, je viens de Tatras-Rysy.
— Nouvellement arrivé ? Vous êtes touriste ? 
— De passage…
— Commerçant ? Ah non, vous, vous êtes artiste, cela se voit à votre façon d'attacher votre cravate…
— Non plus, je ne suis que de passage.
— Oh… C'est triste… fit-elle d'un air désappointé. Et donc, vous ne désirez pas savoir comment je m'appelle ? Faut-il que le fardeau de votre intelligence soit à ce point paresseux ?
— Décidément je suis en dessous de tout, à qui ai-je l'honneur ?
— À la Comtesse Laetitia Marie du Tapis Rouge de Sixte, lui répondit-elle en lui tenant une main fluette et gantée. Vladimir se pencha pour lui faire un baise-main.
— C'est un fort joli nom.
— Cent fois pour une, n'est-ce pas ? Ah !

L'exclamation finale fusa bruyamment, après quoi la jeune femme baissa la tête faisant mine d'être embarrassée mais Vladimir comprit sans peine qu'elle jouait la frivolité. Il préfèra garder le silence, la regarda puis lui signifia son congé.
— Attendez, c'est un peu court, on ne me fait pas tomber à la renverse sans me dire où on réside. S'il vous plaît…
Ces derniers mots furent prononcés d'un ton traînant et de façon très enfantine, Vladimir sourit.
— Excusez-moi, j'ignore tout des coutumes de la société, chez moi on ne parle pas aussi longtemps à une dame qu'on ne connaît pas…
— Alors vous ! Vous êtes impayable ! Cela ne doit pas être facile de lier connaissance dans votre pays !  Hein ?
— Je n'imaginais pas un seul moment devoir lier connaissance en vous heurtant, répondit Vladimir avec une politesse toute diplomatique. En disant ces mots il se rendit compte cependant qu'il faisait montre d'une rudesse maladroite.
— Vous allez devenir mufle si vous continuez, alors si vous voulez mon avis monsieur de Valeska vous feriez bien de vous conformer à ce que j'aurai à vous demander et en liant connaissance avec la petite sotte que je suis peut-être en apprendrez-vous un peu plus sur le lieu où vous vous trouvez. Aussi, considérez que je vous demande cette faveur d'être toujours courtois avec moi et de ne pas trop vous rebeller.
Cette tirade fut lancée avec beaucoup d'aplomb et de condescendance, Vladimir en fut saisi, s'attendant même à ce qu'elle proférât une nouvelle épigramme à son adresse. La situation devenait grotesque, il était justement sorti pour observer la société de Perle et ses habitudes et voilà qu'il refusait l'aide de cette jeune femme providentielle, apparemment au fait des coutumes de la capitale. Il s'absorba à penser à sa manière toute personnelle d'aborder les situations nouvelles avec inconséquence et faiblesse quand un homme s'approcha et accosta la jeune femme dans un français parfait.
— Tissia ! Tissia ! Je vous cherchais partout… vous n'avez pas répondu à mes lettres Tissia, j'en suis fort triste.

La jeune femme leva les yeux au ciel en faisant la moue, ce qui lui conféra un maintien presque ridicule mais qui rendit son attitude d'autant plus charmante. Il semblait tout à fait convenu que le nouveau venu était accueilli d'assez mauvaise grâce mais dans un français impeccable lui aussi.
— Xavier-Christophe ! Ne voyez-vous pas que je suis en pleine discussion avec quelqu'un ? Pourquoi faut-il que vous surgissiez comme un agité ?, s'exclama-t-elle sur un ton ironique.
Le dernier venu prit la main de la Comtesse pour la lui baiser et tandis qu'il se courbait Laetitia fixa Vladimir,  fronçant le nez et tirant la langue. Ce dernier ne put s'empêcher de se mettre à rire et trouva l'attitude de la jeune femme intéressante… ou plutôt… comment dire ? Plaisante. Voilà.
— Monsieur se moque ?
— Non pas… Je suis Vladimir de Valeska, enchanté. À qui ai-je l'honneur ?
— Xavier-Christophe du Berny, Vicomte du Falvy, je suis français. Je suis navré d'avoir interrompu votre conversation mais il fallait que je m'entretienne avec la Comtesse.
— Je vous en prie monsieur, dans ce cas c'est moi qui suis un importun, j'allais prendre congé.
En disant ces paroles Vladimir se pencha pour saluer la jeune femme et fit glisser sa main sur le bord de son chapeau à l'attention du Vicomte. Laetitia le dévisagea alors en fonçant les sourcils. Sans doute aurait-il fallut attendre son autorisation pour la laisser avec cet homme mais Vladimir jugea qu'il était de trop et s'éloignae bien vite d'un pas alerte. En tournant au coin de la rue, passant devant la vitrine d'un tailleur il entendit la voix flûtée de la jeune Comtesse ponctuant d'un “
Ah !“ sarcastique et sonore une de ses phrases.

Vladimir fut alors saisi d'un étrange ravissement.

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Commentaires

Bonsoir... :)

Vous avez une jolie plume... J'ai beaucoup aimé le début, avant la description de la ville de Perle ; à ce moment on ignore encore que le récit est un genre de science-fiction gothique et on l'est complètement libre de le situer dans le passé ou dans le présent. Mais comment faire pour ne pas rompre ce charme? Je comprends bien qu'il vous ait fallu choisir l'environnement à un moment donné. "Perle" la non-historique est un intéressant compromis. ^^

Bien à vous.

Ecrit par : Millie | 23.12.2008

Avant toutes choses je tiens à dire que je suis autodidacte (et que j'ai arrêté toute lecture pendant un an pour ne pas être influencé). Je ne sais pas si c'est bien écrit ou pas mal imité. C'est d'ailleurs un des thèmes du roman (ça me fait bizarre d'écrire ce mot) : les ersatz, la pensée magique et la véritable magie.

C'est étrange ce que vous dîtes parce que le début (écrit au passé) est très localisé et que la date surgit immédiatement : Rue du Roule/1830.
Perle n'est pas localisable… mais on peut la trouver dans le roman d'Alfred Kubin : l'Autre Côté (1909). On peut donc dire qu'elle existe historiquement. :-p
Perle est faussement historique. Ce n'est pas en ayant la Pléiade chez soi qu'on devient cultivé. Par contre on peut avoir une sacrée collection de livres ! :-)

J'avais besoin d'un lieu hors du lieu, d'un endroit magique. Hmmm… ça aurait pu être gothique mais j'ai du mal à lire Radcliffe sans m'endormir (quoique ses descriptions sont souvent très belles et rappellent les peintures de Friedrich)… Je suis plus tourné vers l'absurde je pense. Ce sera peut-être du romantique absurde, qui sait ? De toutes façons le romantisme est absurde à notre époque. Ah !

Je n'ai pas défini le genre de ce que j'écris, à la base c'est un conte pour enfants que je voulais écrire il y a 10 ans. Maintenant… hum… nous verrons.

Ecrit par : Cult! | 24.12.2008

Autant pour moi. Oui, le début du récit est bel et bien ancré dans un cadre spacio-temporel précis : le XIXe siècle. Cela d'ailleurs est complètement flagrant, même sans avoir recours à la datation... Mais c'est peut-être justement cela, paradoxalement, qui donne à cette partie du récit une résonnance intemporelle : du fait que le lecteur (et d'autant plus une lectrice amoureuse du XIXe siècle comme je suis) puisse être tenté de retrouver son propre présent transposé dans un autre âge, sous la forme d'une représentation symbolique.

L'histoire a en effet cette vertu - que les conteurs en particulier ont de tout temps exploitée ; elle est de nature cyclique. Rien n'explicite mieux les batailles des hommes modernes avec leurs idéaux (ou leurs amours) que leur substantifique moëlle tragique si génialement isolée par les grecs de l'antiquité. La mémoire sert à cela : nous donner par rapport au présent la distance que nous avons vis-à-vis des temps mythiques, et en retour laisser ceux-ci nous éclairer.

Au contraire, et c'est là que le bas blesse, rien n'a jamais aussi peu ressemblé au réel que l'utopie. La raison (et cela me regarde, j'en conviens) pour laquelle je n'ai jamais été attirée par la science-fiction ou la littérature utopique, c'est qu'il m'est toujours paru plus difficile d'y retrouver le sens de la vie, dans toute sa grandiose cruauté, aussi parfait que seul le sait fidèlement conserver l'histoire.

Peut-être avec votre "Perle", dont j'ai bien compris, et dont je salue, rassurez-vous, le principe, courez-vous le risque de perdre ce qui dans l'art du conte est le plus précieux, c'est-à-dire sa capacité à nous donner de grandes leçons de vie en conférant une résonnance symbolique à de menues expériences de la vie traditionnelle, pour ne conserver que son aspect irréel et magique... Son aspect factice, dirais-je même, lorsqu'on songe que la seule ville "de rêve" ayant actuellement fait reproduire un certain nom de répliques de monuments du monde pour son propre compte est Las Vegas. ;)

Sachez toutefois que cette idée d'un possible conservatoire élitiste de la culture judéo-chrétienne telle qu'elle existait à son apogée au XIXe siècle, me touche au plus haut point (et c'est pourquoi, en partie, je prends le temps de vous écrire aussi longuement ^^). Je me demande parfois s'il ne suffirait pas de transposer l'essentiel des questions qui nous préoccupent dans un XIXe siècle mythique pour les voir (à l'abrit du XXe siècle déconstructeur) à nouveau illuminées par le Sens et par la foi... Dans cette mesure, l'idée de Perle est intéressante... Mais ne le serait-elle pas davantage encore si au lieu d'être une forteresse coupée de l'histoire comme vous la décrivez, elle était au contraire un bastion du SENS contre le NON-SENS? Pourquoi ne prétendrait-elle pas vouloir, tel un vivant musée, être l'Athènes immortelle du questionnement de Dieu, un lieu de réflexion sur la Culture occidentale, et la mémoire oubliée des autres peuples? - Pourquoi se limiter aux bâtiments?

C'est parce que l'idée d'un tel projet me semble possible et non utopique, que je vous en parle. Cette ville, telle que je la décris, ressemble un peu à ce qu'était la Vienne d'avant le nazisme... Et pour le coup elle me fait vraiment rêver. ^^

Bien à vous. :)

Ecrit par : Millie | 24.12.2008

C'est une intéressante réflexion et je ne pourrais pas répondre à la place d'Alfred Kubin malheureusement. Je peux parler un peu de son livre car il m'a beaucoup marqué et la réponse est assez simple en fait. Perle est une ville sans tradition. Elle contient toutes les merveilles des siècles passées mais n'a pas d'histoire. Dans son roman, au fur et à mesure de l'action, toutes les abominations surgissent parce qu'il n'y a pas la possibilité de vivre dans une ville-musée (à ce titre je donnerais juste un exemple contemporain : Florence est la ville d'Italie où on compte le plus de crises cardiaques à cause justement de la beauté marquante de ses sculptures). Les villes sont comme les hommes, elles ont besoin d'un passé pour grandir, elles ont besoin d'avoir une dimension humaine aussi. Il fut un temps où je m'intéressais à l'urbanisme et à l'architecture, en général les villes où on se sent le mieux sont celles qui ont une dimension "humaine", et la redécouverte de Vitruve va dans ce sens, c'est comme dans l'Art Sacré, les cathédrales par exemple ont été créées selon des mesures harmoniques (et certaines sont aussi en correspondance avec les portées musicales, comme Chartres). Perle est dysharmonique dans son ensemble pas dans son détail (on est plus en sécurité dans un bâtiment que dans une rue), peu importe ce qu'elle contient en fait, elle ne devrait pas exister car elle est une contrefaçon de l'histoire et dans le roman de Kubin elle génère beaucoup de désordre parce qu'elle n'a justement pas de lien avec le passé et ne raconte que des bribes.
Je suis un amoureux du XIXème siècle, pour moi c'est un siècle où on a tenté d'être humain artistiquement parlant en occident plus que dans aucun siècle et ceci s'explique parce que notre société occidentale s'est perdue avec le Siècle des Lumières qui a été à mon sens un siècle de régression complète au niveau des arts (malgré de lumineuses exceptions). Nous avons cherché la splendeur et c'est le doute qui a triomphé. Vous n'ignorez pas que les arts étaient regroupés auparavant avec le trivium et le quadrivium qu'on appelait les 7 arts libéraux : la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. Ces arts communiquaient ensemble, ils représentent la possibilité de l'homme d'exprimer le beau après l'étude de l'univers. Par le son. Donc par la vibration. Et l'harmonie.
Notre siècle actuel (que j'apprécie beaucoup cela dit) est un siècle de rupture et de non-sens, un siècle où nous cherchons à produire "l'espèce qui nous succédera".

Perle est effectivement très contemporaine dans un texte qui se réfère au XIXème siècle et c'est pour cela que je l'ai choisie. Parce que mes personnages sont contemporains et certains sont universels comme dans les contes. Pour l'instant il est un peu tôt pour pouvoir les décrire en profondeur mais aucun ne se ressemble. Et puis c'est aussi une façon de dire que le XIXème siècle est mort, définitivement, mais qu'il vit sans doute dans l'image romantique qu'on se fait de lui. Il ne faut pas se fier aux apparences. Las Vegas est sans doute une ville magnifique mais je pourrais citer Dubaï (je rêve d'y aller) qui est une Perle moderne. Ce sont des Babel contemporaines où règne principalement l'argent. Et comme dans toutes les villes musées elles n'acceptent pas les pauvres et les déshérités, elles n'acceptent que ce qui leur permettra de s'enrichir et de grandir comme des plantes grasses.

Les musées ne sont pas vivants. Les œuvres d'art ne le sont que parce que nous sommes là pour nous mettre en relation avec elles.

Mais rassurez-vous, Perle n'étant pas ma création il est normal qu'elle ne devienne pas le personnage principal. La dynamique la plus élémentaire sera de mise : le bien contre le mal, l'être et le paraître.

Vous semblez exigeante et je n'aimerais surtout pas vous décevoir pour la suite. Ce que j'essaie de faire est de donner l'occasion de rêver plus que de se poser des questions. Comme quand on s'assied près d'une toile de Dante Gabriel Rossetti ou d'une encre de Léon Spilliaert.
Je dis souvent à mes amis : arrêtez de penser pour vivre, regardez, écoutez mais ne pensez pas, à la limite souriez… :-)

Avec la lecture c'est plus difficile.

Ecrit par : Cult! | 24.12.2008

Hum, j'ai juste envie de dire que j'ai beaucoup aimé ce début de roman à tel point que j'ai lu toutes les notes concernant les chroniques de Perle.
Par contre le niveau intellectuel des commentaires précédents (et c'est tout à l'honneur de l'auteur) est tellement élevé que je me sens un peu stupide avec mes maigres connaissances. Et juste un "ça me plaît" me paraît plat.
Aussi je n'abuse pas plus longtemps.
A bientôt, je l'espère pour la suite .....

Ecrit par : Etoile25 | 02.01.2009

Merci, la suite est en écriture et j'ai pris du retard par rapport à ce que je désirais faire vu que je compte écrire semaine par semaine et que le roman se passe semaine par semaine.
Les Chroniques de Perle ont servi à élaborer le caractère des personnages de façon beaucoup plus "détendue" que La Nuit, il faut dire que j'aime surtout m'amuser, pour moi c'est plus une récréation qu'une création à proprement parler. Je suis content que ça vous plaise et je m'efforce de chercher le meilleur à proposer pour la suite de La Nuit. Simplement j'ai décidé de me passer de synopsis aussi, et donc c'est du "live", peu de notes et toutes les idées arrivent au fur et à mesure. De plus je n'ai pas l'habitude d'écrire "proprement", je ne suis pas un littéraire, je suis un touche à tout. Mais je m'applique à faire comme si je savais écrire, c'est ça qui me plaît. :-)

Ecrit par : Cult! | 02.01.2009

bon alors, je passe des fois voir si la partie 2 arrive, mais c'est très con de ma part, j'ai pas encore fini de lire la partie 1.
pour la prochaine fois, j'aimerais des commentaires moins longs aussi.

Ecrit par : fixe! | 10.01.2009

Ok pour les commentaires.

Pour la partie deux elle arrivera quand tout le monde aura lu la première.^^


En plus tout le monde me demande l'adresse du blog pour lire la première partie et personne ne l'a lu en intégralité (dans mes connaissances) donc je crois que les gens se foutent de ma gueule. :-p

Ecrit par : Cult! | 10.01.2009

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