26.07.2011

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J'ai passé un excellent séjour à Amsterdam en compagnie de Wal.
Elle m'a offert un appareil photo pour m'encourager un peu
à créer des images comme je les aime.

C'est à dire floues.
Je ne vais pas détailler mes réglages mais j'ai enlevé
le bruit du déclencheur, la petite lumière rouge agaçante,
le flash, les prises de vue en couleurs, j'ai réduit au maximum
la rapidité de l'obturateur etc…

Au départ Wal était assez perplexe.

Je ne fais que du noir et blanc (avec quelques exceptions
pour contraster, plutôt des photos aux couleurs très crues
au flash - j'aime bien Terry Richardson). 

Pour l'instant je me suis concentré à prendre des vues
nocturnes et l'épaisse chevelure de Wal. Des intérieurs.
Des gestes.

À Amsterdam nous sommes allées au FOAM et puis
au musée d'histoire judaïque où il y avait une expo sur Saul Leiter.
Un de mes photographes favoris.
 
Ce n'est pas peu dire.

Au FOAM j'ai acheté un livre sur le travail d'Ellen Von Unwerth.

Nous avons fait pas mal de choses à Amsterdam et
nous avons aussi décidé que nous prendrions le temps
qu'il faut pour nous installer ensemble à Paris.

C'est un souhait commun qui nous paraît évident.

Le 31 décembre était très appréciable.
Nous étions sur le toit et tout autour de nous éclatèrent
les feux d'artifices. Les habitants d'Amsterdam sont
 autorisés à tirer leurs propres feux…
Il y eut 45 minutes de pyrotechnie partout dans le ciel,
c'était incroyable. Nous étions entourés de petites
montgolfières de papier rouge. Le vent les portaient
au loin jusqu'à ce qu'elles s'enflamment… 

Dès que je pourrai je vais me remettre à "La Nuit".
Je sens enfin être à nouveau dans ce "mood"
de l'écriture, où les mots arrivent facilement et où on
s'amuse à créer. 2012 pour moi commence donc
sous les augures de l'écriture, de la photo et de l'amour.

Et life is always a red carpet. 
So… 

pf81286.jpg
Photo : Saul Leiter

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Photo : Ellen Von Unwerth

22.07.2011

La Nuit, I.XVIII

CHAPITRE DIX-HUIT

Inspection

Vladimir se raidit en entendant la dernière phrase de la jeune comtesse. N'y avait-il pas de distractions plus communes qu'une séance de spiritisme ? Laetitia s'en rendit compte mais resta muette tout en se dirigeant vers le couloir attenant. Elle s’apprêta à sortir de la chambre.
– Le dîner va être servi dans quelques minutes. (Elle fit mine de réfléchir). Je crois que nous nous sommes tout dit… Avez-vous besoin d'autre chose Monsieur de Valeska ?
– Peut-être pourriez-vous me faire visiter cet étage, après tout je n'ai pas grand souvenir de cette partie de la Villa. 
– Vraiment ? Cela vous intéresse ? Une coup d'œil rapide serait possible. Suivez-moi. (Elle sourit).

Vladimir emboitât son pas à la jeune femme. Ils parcoururent quelques mètres, Douze attendait dans le couloir, près des escaliers. Laetitita lui donna quelques consignes pour le dîner et demanda qu'on servit un apéritif à Blackwater le temps de leur absence. Puis commença la visite du premier étage de la Villa. La bâtisse était richement décorée mais on sentait qu'une partie du luxe présent naguère avait disparu, des traces sur les tapis manifestaient l'absence de meubles et d'objets, il manquait parfois un tableau au mur (chose tout à fait perceptible à l'œil exercé)… Laetitia se mit à ouvrir les portes une à une. 

– Ici c'est un vestiaire, ici une chambre, là… je ne me souviens plus, un autre vestiaire. Là un boudoir… ah non un bureau…
– Hé bien, vous ne vous rendez pas souvent à cet étage…
– Vous vous trompez Vladimir, je réside à cet étage. Mais dans l'autre aile. Simplement je ne viens jamais par ici, un autre escalier descend là-bas. Ces chambres et bureaux sont inutilisés depuis un moment déjà…
– Votre remarque est étrange.
– Pourquoi ? dit la comtesse en se retournant.
– Ce bâtiment a bien été importé d'Europe ?
– D’Écosse précisément. Du moins c’est ce qui nous a été certifié à l’Hôtel de Ville.
– Alors il manquait des objets et des meubles ?
– Je suppose que non mais je ne suis pas la première locataire. Mes prédécesseurs ont du emporter quelques objets. Et d’ailleurs cela me va parfaitement, c’est déjà assez chargé comme ça. Le rez-de-chaussée est complet mais il manque beaucoup de choses à cet étage… (Elle le fixa de ses yeux dorés). D’ailleurs c’est simple, c’est beaucoup plus facile ainsi car cela m’a permis de meubler à mon tour. Vous n’imaginez tout de même pas que j’allais me contenter de ce qui était sur place, j’ai fait apporter de France le nécessaire à mes besoins, à commencer par mon lit. J’ai fait meubler la Villa pour trois cent mille francs, je ne couche pas n’importe où.
– Je m’en était bien douté. Et savez-vous qui occupait cette magnifique Villa auparavant ? 
– Je ne tiens pas à en parler, avez-vous demandé qui occupait votre chambre d’hôtel avant vous ?

Vladimir se renfrogna, sentant que la remarque visait à le remettre à sa place. Mais Laetitia fut clémente avec lui, le poussant légèrement du bras elle continua :
– Allez je peux vous le dire, des célébrités ont logé ici. Ce n’est pas que ce soit une gloire mais tout de même c’est particulier… Les Sœurs du Rêve ont résidé à la Villa quelques semaines avant qu’on ne leur trouve une place plus centrale en ville, sans doute près du Gouverneur - on ne sait pas vraiment où elles se trouvent. Il paraît qu'elles vivent dans une tour mais les avis sont contradictoires.
– Comment avez vous su ce détail ? Les employés de l’Hôtel de Ville se sont-ils vantés de…
– Non pas. Je le savais, c’est tout. (Elle avança de quelques pas dans le couloir et lui fit signe de la suivre. Quand il arriva à sa hauteur elle lui prit le bras). Je voulais être dans un beau quartier en dehors du centre. Ne pas rester avec Charlotte Caroline. L’hôtel particulier de la rue Persévérante est ravissant mais il me fallait de la place pour recevoir des convives. J’ai donné de somptueuses fêtes ici, parfois nous étions une cinquantaine. Depuis quelques temps je me sens beaucoup plus solitaire, j’ai besoin de réfléchir et aucune distraction n’est à ma portée immédiate ici. C’est un bel endroit et je m’y sens bien même si des affaires m’appellent en Provence.
– Comment le saviez-vous ?
– Pardon ?
– Que les Sœurs du Rêve résidaient ici.

Laetitia se figea puis souffla profondément avant de répondre.
– Je le savais parce que j’avais eu l’idée de les rencontrer.

Vladimir se détendit quelque peu, lui sourit et continua.
– Vraiment ? Dans quel but ?
– Mais que vous êtes curieux ! J’avais envie de rencontrer les célébrités locales. Il s’est passé qu’après avoir appris où elles résidaient je suis venue ici mais trop tard. Ayant apprécié cette Villa j’ai contacté l’Hôtel de Ville pour savoir si elle était vacante. (Elle tourna la tête vers lui et le regarda par en dessous). Cette fois-ci vous savez tout.
– Oh je ne pense pas, vous ne m’avez pas dit si vous aviez réussi à les rencontrer depuis.
– Ah ça ! Que vous êtes drôle ! Figurez-vous que si je ne les ai pas rencontrées personne ne les a rencontrées. Oh certes ces personnes doivent exister mais c’est comme à la Coupole l’autre soir, on les imagine plus qu’on ne les voie. Depuis que je suis à Perle je n’ai pas manqué une occasion d’aller à une soirée où ces Sœurs du Rêve étaient invitées. Jamais je n’en ai vu ne serait-ce que l’ombre.

Vladimir la regarda avec perplexité mais voyant qu’il avait épuisé tout son courage à poser ces questions de but en blanc il se retint de continuer la discussion sur ce sujet.
À quelques mètres d’eux semblait maintenant déboucher un vaste escalier, ce qui signifiait qu’ils étaient à l’opposé du couloir où se trouvait la chambre de Vladimir.
– Hmmm… Je suppose que vous connaissez mieux la disposition des pièces ici… fit-il en s’approchant d’une petite porte.

Laetitia s'interposa entre lui et l'huis.
– C'est mon bureau. Défense d'entrer. Tous mes secrets s'y trouvent. (Elle sourit). Non… ce n'est pas mon bureau mais un dressing, toutes mes toilettes y sont et croyez-moi c'est une pièce assez grande mais je ne désire pas qu'on y pénètre. Les femmes ont leurs jardins secrets vous savez. En revanche, et c'est une faveur, je veux bien vous montrer ma chambre juste à côté, suivez-moi.

La pièce où dormait la comtesse était un ravissant mélange de boudoir du siècle passé et de pièce à vivre très spacieuse. Un lit à baldaquin occupait le côté droit, draps de satins blancs, voilages légers, coussins moelleux d'un bleu passé brodés du fameux monogramme. Aux murs quelques toiles représentant les arts de la chasse, scènes mythologiques où de virils héros sauvaient quelques nymphes peu farouches. La pièce étaient meublée avec beaucoup de goût, le mobilier était élégamment sculpté et on y retrouvait aussi quelques dryades et faunes en bas-reliefs. Les bois étaient sombres, presque rouges. Le sol était recouvert de tapis d'Orient magnifiques et un lustre de cristal occupait le centre du plafond. Ce plafond ! Il était aussi merveilleux que celui de la Coupole. Des anges semblaient y jouer à cache-cache, sortant à peine de nuages peints en trompe-l'œil.
– J'ai donné pour consigne de peindre cette pièce en arrivant, précisa Laetitia avec une certaine fierté. Mais entrez cher comte, vraiment, je suis ravie de vous faire visiter cette partie, disons-le tout de go, quasi intime de la maisonnée. Venez voir la vue ! 

Vladimir s'approchât des fenêtres. Il y en avaient 6 au total. Toutes donnaient sur un parc ravissant où s'allongeait un petit ruisseau se jetant au loin dans ce qui semblait un lac caché par une bordée d'hêtres et de sureaux.
Se retournant il fit face à Laetitia qui le regardait de côté. Derrière elle se trouvait, à l'autre bout de la pièce, une élégante coiffeuse dont le miroir était recouvert d'une étoffe. Sur le plateau se trouvait un coffret à lunettes. Une petite porte donnait dans la pièce suivante, le dressing.

– Comtesse, vos intérieurs sont évidemment aussi charmants que vous êtes gracieuse je suis honoré de cette visite.
– En même temps vous vous doutiez bien que je ne vivais pas dans une grotte non plus… Vous savez, ce n'est un pas une question de faste mais de beauté. Je pourrais vivre ici de longues années si je le voulais et pourtant c'est important pour moi de fixer l'instant, de pouvoir résider quelques mois dans cet endroit et de tout faire disparaître, de le transporter ailleurs. C'est important de savoir que c'est moi qui décide.
– Vraiment ?
– Oui, c'est notre façon de regarder qui contient la beauté non ce que nous regardons. Cette pièce est aussi éphémère que je le désire, mais je veux qu'elle soit telle qu'elle est. Et je ne veux pas que d'autres puissent en profiter en mon absence.
– Tout le contraire des Sœurs du Rêve.
– Oh ça je ne sais pas, je ne pense pas qu'elles soient venues avec beaucoup de faste ou de luxe, je pense même que l'endroit était beaucoup trop encombré d'objets pour elle, finalement je peux vous le dire, beaucoup d'argenterie et de mobilier ont été retrouvés par mes gens dans les caves. J'ai retrouvé le premier étage pratiquement vide, j'en ai pris mon parti, après tout mes meubles traversaient l'Europe après moi. J'en ai profité pour donner une autre touche à cet endroit. Mais qu'importe… nous n'allons pas parler décoration toute la soirée, le dîner va être servi et nous faisons attendre Maximillian et à vrai dire, pour vous paraphraser : je meurs de faim ! Véritablement. Il m'impatiente de dîner.

Les deux amis descendirent l'escalier en direction de la salle à manger. Arrivés sur le premier palier Laetitia prit le bras de Vladimir et le fixa avec un regard ardent.
– Vraiment Vladimir, j'aimerai que vous me fassiez une faveur… oui je sais, une de plus.
– Que puis-je faire pour vous être agréable ?
– Essayez de sympathiser avec Maximillian. Je sais qu'il est un peu bourru et peut paraître antipathique de prime abord mais c'est vraiment quelqu'un de bien. Je ne demande pas que vous soyez les meilleurs amis du monde mais que vous essayiez de trouvez ses bons côtés…
– Justement je ne fais que chercher…
– Ah ! Vous êtes un peu injuste.

Blackwater les salua de la tête quand ils entrèrent et s'installèrent à table, Laetitia lui demanda de les excuser, ce qu'il fit avec bonne grâce. S'emparant d'un verre il se leva et porta aussitôt un toast en faisant tinter d'une petite cuillère sur le cristal.
– À ma très chère amie la comtesse qui me fait l'extrême joie (Vladimir haussa un sourcil) de cette invitation à Perle. Une ville dont tout le monde parle et que je découvre avec beaucoup de plaisir. 

Se rasseyant Laetitia le remercia à son tour et le dîner pu commencer. Les conversations s'orientèrent sur la politique et sur des sujets tout à fait communs, Vladimir fit bonne figure et lança quelques réparties qui amusèrent Blackwater. La soirée fut agréable et s'attarda peu après minuit, Laetitia insista auprès de Blackwater pour qu'il acceptât sa requête de mener le lendemain soir une séance de spiritisme en compagnie d'invités choisis. Une fois fait elle donna une liste de personnes à inviter à Douze puis chacun regagna sa chambre. Blackwater résidait lui aussi au premier étage mais Vladimir ne sût où exactement. Le Moldave raccompagna la comtesse jusqu'au sommet de l'escalier qui donnait sur la chambre de cette dernière et après quelques paroles échangées d'un ton badin lui souhaita bonne nuit. Elle lui recommanda de ne pas se tromper de porte à son retour s'il ne désirait pas dormir sur un des bancs du couloir. Vladimir lui précisa qu'il les trouvait à première vue aussi confortables que les sièges d'un fiacre et que cette perspective ne l'effrayait pas outre mesure puis il partit en direction de sa chambre.

Les couloirs étaient éclairés par les lampes disposées sur les murs de chaque côté et aucun son que celui de ses pas ne se faisait entendre. En quelques minutes il rejoignit sa chambre où le feu de cheminée semblait s'éteindre doucement. Ses affaires avaient été disposées près de son lit dans un grand sac de cuir, apparemment on était allé le lui chercher pendant le dîner. Il s'assoupit rapidement, soulagé que cette soirée ait été si douce. Vladimir avait le sommeil léger, ce n’était d’ailleurs pas à proprement parler un sommeil, juste un somme, une sieste, il ne dormait pas la nuit il somnolait. 

Il se passa quelques heures à peine quand un bruit le réveilla qui venait de l'extérieur, on marchait sur le gravier menant au perron. Vladimir se leva pour regarder ce qui justifiait cette activité nocturne et vit un cheval noir au bas des marches. La lune brillait ce soir là et il était aisé de se rendre compte qu'il s'agissait d'un magnifique animal. Une forme fluette et encapuchonnée sembla émerger de la Villa, descendit les marches, grimpa sur le dos de la bête et se dirigea vers la grille du parc. À quelques mètres des escaliers la silhouette ainsi montée s'arrêta et porta la main à une étrivière apparemment mal réglée. La capuche tomba légèrement sur le côté et Vladimir put apercevoir une mèche blonde s'en échapper, c'était Laetitia. Elle reprit les rênes à deux mains avant de partir au petit trot vers la grille. Puis ce fut le silence.

Vladimir se rassit sur le lit défait ne sachant pas ce que ce départ pouvait signifier. L'horloge dans sa chambre indiquait deux heures. Il se saisit de sa robe de chambre et entrouvrit la porte, le couloir était plongé dans la pénombre, seules quelques veilleuses étaient disposées tous les dix mètres, offrant une fragile et inégale lueur à l'obscurité environnante.

Alors, mu par un élan de curiosité incompréhensible Vladimir s'engagea dans le couloir en direction de la chambre de Laetitia. D'abord hésitant dans les premiers mètres il s'avança d'un bon pas au bout d'un moment. Les murs étaient imperceptibles mais Vladimir possédait ce don qu'est la nyctalopie, discernant mal les couleurs il lui arrivait de voir parfaitement le contour des objets dans la pénombre. Ainsi pourvu il ne fut pas difficile de s'approcher de la chambre de Laetitia en étant certain d'être seul. La villa était plongée dans le silence. Que cherchait-il ? Il ne le savait pas encore mais le souvenir de son précédent passage et de son empoisonnement l'invitait à trouver des réponses. Il lui semblait étrange d'avoir été le seul à être frappé par la maladie et il considéra que l'absence de la comtesse était une chance pour inspecter les lieux avec plus d'attention. Il regrettait de ne pouvoir envoyer son ami le fantôme de William Blake s'acquitter d'une si peu noble tache à sa place mais la dépendance du spectre à sa propre maison ne le lui permettait pas.

Arrivé devant la porte de la chambre de Laetitia il sentit une bouffée d'angoisse l'envahir. Et si il avait mal vu ? Si la silhouette dans le jardin était la jumelle de la comtesse ? Quelle certitude avait-il de trouver la chambre vide ? Tournant la tête de côté afin de regarder alentour pour s'assurer d'être seul il posa la main sur la poignée et ouvrit la porte silencieusement. On pouvait apercevoir le lit du couloir et celui-ci était vide. D'un pas timide il s'engouffra dans la chambre et referma la porte discrètement puis resta en place de longues minutes afin d'être sûr d'être seul. Un large sourire naquit sur son visage, heureux qu'il était d'avoir triomphé de son habituelle couardise. Les sens aux aguets il s'engagea dans la pièce, le lit était défait et une odeur de cire planait dans l'air. Une chandelle avait été éteinte peu de temps avant son arrivée. Il se dirigea vers les fenêtres pour observer le jardin : tout était calme. Il s'approcha de la coiffeuse et inspecta les tiroirs, de nombreux objets s'y trouvaient mais rien ne semblait suspect, il dut se mettre à la fenêtre plusieurs fois pour pouvoir regarder ce qu'il tenait en main puis remit chaque chose dans son tiroir respectif, ne négligeant rien. Dans la petite boite oblongue posée sur la tablette il trouva les curieuses lunettes de Laetitia, les porta à ses yeux mais ne vit rien de particulier ce qui, sur l'instant ne le troubla pas. Puis il se dirigea vers la porte de la pièce contiguë, le dressing de la comtesse. La clef se trouvait dans la serrure, il ouvrit la porte. Une seule fenêtre donnait sur le parc et la lumière n'était pas suffisante pour discerner correctement quoique ce fut mais, patient, Vladimir attendit un peu que se vision s'habituât à nouveau à l'obscurité. Au bout d'un moment il put apercevoir de larges commodes et placards contre les murs, il y avait un vestiaire aussi et tout un tas de malles et de valises de toutes tailles. La pièce était assez large, suffisamment pour qu'une table fût installée au centre. Un soupçon de honte l'envahit. Il était en train de fouiller dans les affaires personnelles de Laetitia comme s'il cherchait une preuve sinon un indice de sa culpabilité alors qu'elle avait toujours été très agréable avec lui, lui faisant confiance et le couvrant d'attentions. S'apprêtant à rebrousser chemin il prit le mors aux dents et décida d'ouvrir tout de même quelques tiroirs. Les secondes lui paraissaient des heures et le trouble l’envahissait. S’il était pris sur le fait, il passerait sans doute pour un voleur, en tout cas il perdrait l'amitié de la comtesse et subirait l’opprobe de s'être trouvé dans un endroit totalement incongru à 2 heures du matin. Sans aucune raison valable que celle d'avoir profité de l'absence de son amie.

Ouvrant quelques tiroirs timidement comme pour se persuader soi-même qu'il n'y avait rien à trouver il finit par mettre la main sur une petite boite contenant des tubes plein de poudres diverses. Chacun de ces tubes était étiqueté et chaque étiquette portait un libellé pour le moins énigmatique : Gis, SrA, AYc, CIr, RUc… Il remit, pensif, la boite dans le tiroir et continua de chercher. Il trouva au même endroit un coffre fermé à clé et, ce qui l’étonna, 4 ravissants pistolets à crosses de nacre rose. Il referma le tiroir et revint sur ses pas, retraversa la chambre en regardant au dehors, scrutant une présence, mais personne ne se trouvait dans le jardin. Il restait un petit secrétaire à mi-chemin du lit cependant un bruit imperceptible se fit entendre derrière lui, il se retourna, apeuré et vit que c’était le feutre couvrant le miroir qui s’était affaissé sur la coiffeuse. Revenant sur ses pas, Vladimir maugréa d’être si empressé et se dit qu’il lui fallait faire attention quand soudain un visage surgit à la surface du miroir. C’était Sophia.
– Vous êtes bien curieux cher comte, lui dit-elle en souriant, vraiment, inspecter les chambres des dames en leur absence…

Interloqué, Vladimir ne bougea plus d’un pas, interrompu par cette voix et ce visage dans le silence claustral de la chambre.
– Ainsi vous êtes un espion vous aussi ? Que faîtes-vous là ?

Muet, le Moldave ne trouvait rien à dire, il sentit ses jambes accuser une certaine faiblesse.

– Allons, je sais bien ce que vous cherchez, je vais vous aider un peu, allez jusqu’au secrétaire et prenez quelques enveloppes.

Comme Vladimir restait toujours planté là, stupéfait, au même endroit Sophia se mit à rire.

– Allez cher comte le mal est fait, irez-vous jusqu’au bout ? Je suis sûre que oui.

D’un pas timide Vladimir recula et se dirigea vers le secrétaire, il passa devant la porte, songeant à s’enfuir dans le couloir mais le rire cristallin de Sophia le tança :

– N’y songez même pas ! Ce miroir est toujours couvert, elle saura bien qui l’aura dérangé… Allez, ouvrez ce secrétaire !

Vladimir s’exécuta et trouva un nécessaire à écrire ainsi qu’un petit paquet d’enveloppes. Il en substitua 3 et revint sur ses pas. Reprenant son sang froid il croisa le regard amusé de la Sœur du Rêve.

– Je ne vous pensais pas si courageux. Terminez votre travail et venez me dire au revoir.

Le Comte s’engouffra à nouveau dans le dressing et prit 3 tubes au hasard, il en déversa dans chaque enveloppe un peu de poudre puis rangea soigneusement le tout avant de refermer la porte derrière lui. Revenant vers la coiffeuse il entendit Sophia lui dire :

– N’oubliez pas de le recouvrir. C’est beaucoup trop petit pour que je vous rejoigne mais suffisamment pour que vous vous approchiez.

Vladimir poussa la chaise et se mit en face du visage de la Sœur du Rêve. Une main délicate sortit du miroir et lui toucha la joue.

– Vous ne me croyez jamais, n’est-ce pas ?
– Il est difficile de ne pas croire votre peau sur la mienne Sophia.
– Approchez-vous, et vous sentirez mon souffle.

Le visage de Sophia émergea légèrement de son écrin, véritable figure de madone italienne aux traits délicats et aux joues incarnates. Elle rapprocha son visage encore un peu et lui donna un baiser sur les lèvres.
– Comme ça vous saurez que je ne mords pas, et puis que je vous aime bien. Enfin, vous saurez aussi que je dis vrai et cela seul m’importe. (Elle sourit). Non, cela m’importe aussi de vous témoigner de mon affection. Maintenant couvrez ce miroir et retournez d’où vous venez. Cette chambre est dangereuse pour peu qu’on s’y trouve.

Vladimir allait bredouiller quelques mots mais Sophia lui demanda à nouveau de recouvrir le miroir, ce qu’il finit par faire alors que l’image s’estompait.

15.12.2008

What We Talk About (When We Talk About Love)

n563419369_1887603_4552902.jpgLes chroniques de Perle

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Pour Tinker Bell.

Tissia & Vittorio, au grand Musée de Perle.

 

- Alors comme ça vous êtes amoureux, Vittorio ?
- Mais non !
- Mais si !
- Mais non je n'ai jamais dit ça !
- Oh… allez, ne racontez pas n'importe quoi, on se connaît assez, je sais comment ça se passe avec vous, vous répondez à côté de toutes les questions quand vous pensez à quelqu'un… Vous n'êtes pas là depuis tout à l'heure.
- Mais vous aussi vous répondez souvent à côté !
- Oui mais moi je le fais exprès, c'est une technique ! Et puis c'est moi qui pose toujours les questions avec vous en plus donc votre exemple est idiot.
- Bon vous avez réponse à tout.
- Mais non.
- Mais si !
- (
petit silence) Donc vous êtes amoureux ?
- Mais non !
- On ne vas pas continuer comme ça ? À faire "
mais non mais si" pendant des heures… Et ne dîtes pas "mais non", dîtes "non", ça suffira. Le mot "mais" suggère que vous émettez vous-mêmes des réserves quand à vos propres perceptions de la chose.
- Je n'ai que ça, des réserves. Je suis réservé, je suis intimidé, je suis…
- Amoureux ?
- Non.
- Bon expliquez-moi alors ? Vous avez l'air bizarre. Détendez-vous ? Vous n'avez pas le choléra quand même, il faut relativiser, c'est pas la peine de tout prendre comme si c'était la fin du monde non plus, oh !
- L'inamoramento vous connaissez ?
- Non mais vous vous fichez de moi là ? C'est un mot que j'ai rapporté d'Italie. De Vérone plus exactement. Si je sais ce que sais ? Bien sûr… J'ai trouvé que c'était charmant. Vous vous sentez attaqué dans votre raison en ce moment ?
- Voilà, je pense que je n'ai pas toute ma raison, c'est ça. Elle est menacée ou plutôt elle est paralysée. Ce n'est plus la raison qui surgit la première même quand je l'implore.
- Alors qu'est-ce ? Les besoins ? Sont-ce vos rêves ? Vous savez… ça ressemble à un autre état : celui que l'on a quand on a un gros souci. En fait on ne fait que d'y penser et puis on n'a pas la tête à autre chose alors on lutte. Et donc on ne pense qu'à ça. Et plus on y pense moins on trouve de solution parce qu'on manque de recul.
- Oui je pense que l'exemple est bon. On est préoccupé, on ressent une gène. 
- La raison devrait vous dire que si vous n'avez pas de souci vous ne devriez pas avoir de gène.
- Oui mais la raison, en ce moment, elle s'éclipse un peu.
- Vous aimeriez être totalement raisonnable ?
- Parfois je me dis que ce serait plus simple.
- Et ce serait parfaitement ennuyeux. Bon, vous avez un souci matériel ?
- Nullement.
- Donc vous pensez à quelqu'un ?
- Oui.
- C'est bien on avance, dix minutes pour me dire ça, vous êtes en forme aujourd'hui !
- Oui alors voilà, j'y pense et puis ça disparaît alors j'ai des activités comme avant…
- Comme avant ?
- Oui.
- Avant quoi ?
- Alors là si je le savais ! Non mais c'est ça… Un jour on se lève et tout a changé.
- Oui, moi je me dis ça quand j'ai fait la fête dans ma chambre, les meubles ont bougé, la garde-robe est dévastée… enfin bref, c'est la désorganisation mais en même temps ce n'est pas nouveau, tous mes habits sont là…
- Vous devenez triviale.
- Oui, mais bon ça fait du bien un peu de trivialité de temps en temps, il ne faut pas tout prendre au sérieux ou au pied de la lettre. D'ailleurs on dit au pied de la lettre mais je me demande bien comment une lettre peut avoir un pied, donc vous voyez on parle de choses raisonnables déraisonnablement et on arrive à se comprendre quand même. Il y a une logique à la déraison. Il y a une logique et surtout des causes. La chambre dérangée c'est pour vous dire que vous ne perdez rien de vos affaires, elles sont là et le désordre parfois ça permet de ranger de façon plus intelligente. 
- Alors j'ai fait le point…
- Non non vous ne devriez pas dire ça, être dans l'inamoramento c'est être à la fois dans le vague et la vague, dans les embruns, dans l'agitation et en même temps dans une espèce de quiétude qui vous saisit et qui vous effraie : être heureux à partir de rien, des mots de l'autre, de l'idée qu'il est là, de vos échanges, de l'attention qu'on vous porte et que vous n'avez pas demandé. Et vous savez c'est rare qu'on s'intéresse vraiment à quelqu'un. En général on ne s'attarde pas. On grappille. Moi je grappille et je suis toute seule. Si je m'arrête sur quelqu'un sans  grappiller j'ai l'impression d'exister pour quelque chose, ça oui ! Je vais être triviale trésor mais l'inamoramento c'est de savoir que le vin est tiré mais se demander si on aime le vin, s'il faut le boire, si on doit se servir un petit verre ou un grand, si il ne faut pas aller acheter des petits rillons pour grignoter un bout en chemin. Moi je vais vous dire, l'inamoramento c'est comme de passer dans un tunnel sans savoir ce qu'il y a au bout. Et alors ?
- Et alors quoi ? Vous me perturbez avec votre charcuterie tourangelle.
- Non mais c'est pour dire que c'est pas un état où il y a quoi que ce soit à statuer, à dire, à décider, à extrapoler… Le plus important c'est pas la destination, c'est le voyage ! À moins d'être un représentant de commerce pressé de rentrer chez lui. Et puis excusez-moi hein mais si vous savez où vous amène l'amour, ça n'a rien d'exaltant, l'amour c'est une question permanente sur notre capacité d'aimer autrui. Et je sais de quoi je parle, je n'aime véritablement personne.
- (
médusé) Alors ça c'est la meilleure, depuis tout à l'heure je vous répond non à la question de savoir si je suis amoureux et vous me dîtes que je ne devrais pas être aussi affirmatif à vous répondre non ?
- Oui… Oui et non. Oui vous ne pouvez pas dire que vous êtes amoureux. Et non vous ne pouvez pas dire que vous ne l'êtes pas. C'est ça que j'essaie de vous dire avec mes exemples. C'est pas la mort de ne pas savoir, c'est même très bien, ça veut dire que vos certitudes n'ont servi à rien. C'est vivant le chaos. Même un peu trop parfois… (
soupire)
- Que dois-je vous répondre alors ?
- (
lève les yeux au ciel) Vous faîtes comme moi, vous faîtes tomber un truc par terre en faisant "oh !" ou vous me dîtes "regardez là-bas j'ai vu passer un chevreuil" et vous changez de sujet. (petit silence puis petite moue) Bon avec moi ça ne marchera pas, mais vous pourriez au moins faire l'effort !

Romeo Delight

20090218110817.jpgLes chroniques de Perle

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Pour Tinker Bell.

Tissia & Vittorio, sur un ponceau du petit canal de Perle, regardant l'eau passer.

- Vous savez ce qu'est l'inamoramento Vittorio ?
- Non, dîtes-moi Tissia.
- C'est l'amour naissant !
- L'amour naissant…
-
(excitée) Oui, une étincelle qui illumine votre quotidien, un bonheur mêlé d'anxiété… Oh… Vous savez, quand vous rencontrez quelqu'un et que vous pensez à lui mais vous ne savez pas s'il pense à vous et quand il vous dit qu'il pense à vous alors là vous vous dîtes : c'est génial ! Mais en même temps, le lendemain, vous ne savez pas, vous n'êtes sûr de rien… Et ça recommence. À chaque " preuve - indice - attention " vous doutez de votre perception.
- Hmmm… ça m'a l'air bien compliqué tout ça.
- Non, avouez ! Vous avez déjà été amoureux quand même ?
- Oui… et je pense avoir connu l'inamom…
- L'inamoramento… Hey dîtes ! C'est vous qui avez un prénom italien.
- Oui mais il est compliqué ce mot.
- Il est compliqué trésor parce que le sentiment est compliqué aussi. On bredouille pour prononcer ce mot comme on avance à tâtons dans ses propres sentiments vous comprenez ? C'est ça le concept.
- On pourrait comparer ça à l'action de s'énamourer.
-
(se trémoussant) Mais oui ! Absolument ! Tout à fait !
- Se prendre d'amour pour quelqu'un.
- Oui voilà ! Se prendre d'amour, ce qui n'est pas pareil qu'être pris d'amour, ça ne tombe pas comme ça, c'est pas hop l'amour me tombe dessus comme la misère sur le bas clergé, hein ! C'est juste qu'on se sent des prédispositions à aimer et qu'en en ayant conscience on se sent dans une possibilité entre deux états : amour/pas amour. C'est progressif et lent et en même temps c'est assez érotique. C'est un peu comme… comme… comme… regardez cette ombre là-bas.
- Celle du pot de fleur ?
- Oui, observez, la lumière est couchante là alors l'ombre est nette près du pot, mais en périphérie elle devient trouble, on ne sait pas si c'est vraiment une ombre ou si nos yeux nous abusent. C'est ça l'inamoramento. C'est du "on sait pas" , ça fiche la frousse parce qu'on a toujours envie de savoir. Autant dire que l'inamoramento est à l'amour ce que la mélancolie est à la tristesse : un avant-goût. Et c'est érotique parce que c'est un effleurement.
- C'est comme un rêve agréable quoi…
-
(faisant une petite moue) Non, rien à voir, Vittorio vous le faîtes exprès ou quoi ? Non, un rêve agréable quand on se réveille on sait que c'était une illusion même si on a passé 20 minutes entre le rêve et l'état de veille : on sait ! L'inamoramento on ne sait pas tudieu ! ON NE SAIT PAS !
- C'est un peu comme si notre raison se brouillait…
- Oui, c'est un imprévu. Et ça va parfois jusqu'à l'émerveillement ! C'est bon !
- Enfin c'est bon c'est bon… si on apprécie les états abstraits de l'âme. Il y a des gens qui ne doivent pas aimer l'incertitude quand même.
- Oui mais bon, dîtes-moi vous savez, vous, quand vous aimez une peinture pourquoi vous l'aimez ? Vous pouvez être sûr de ce que vous aimez et pourquoi ? Vous ne pensez pas qu'il y a parfois des instants magiques qui font que vous vous éblouissez d'un sourire, d'une voix, d'un instant, de la sensation de bien-être. Vous êtes dans une intime émotion. Et si vous voulez savoir par quel habile stratagème de la nature vous êtes comme ça, c'est parce que vous ne voulez pas perdre ça et même : vous avez le désir secret d'en comprendre les ressorts pour garder cette sensation. Et pourquoi pas : la revivre.
- Oui c'est vrai, j'aimerais m'émerveiller de tout mais parfois les choses ne suffisent pas, leur propre nature ne provoque pas toujours cet émerveillement.
- C'est parce qu'il y a une vraie correspondance intime entre vous et ce qui vous touche et parfois vous êtes sensible à ça et parfois non. L'inamoramento c'est un flottement, ça veut dire que vous êtes ouvert et disposé à vous laisser tenter.
- Autant dire que c'est fragile.
- C'est très fragile.
- Donc c'est éphémère. 
- Pas forcément, cela dépend de la nature des êtres. De leurs aspirations. Si vous êtes très matérialiste cela va vous rendre la vie impossible, ce n'est pas concret donc ce n'est pas raisonnable et donc vous désirerez que ça cesse…
- … tandis que chez les rêveurs c'est une source d'énergie et d'inspiration.
- Exa-cte-ment !
- Et pourquoi me parlez-vous de tout ça ?
- Parce que je savais que vous comprendriez.
- Oui, bien sûr, non mais je parle de vos intentions là pas de mes capacités à comprendre de quoi on parle.
- J'ai bien compris mais je trouve que vous posez parfois beaucoup trop de questions.
- Ah bon ?
- Oui, faîtes attention, un jour vous pourriez tomber sur une réponse.

Rest my chemistry

5019_94865579369_563419369_2062564_1408505_n.jpgLes chroniques de Perle

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Pour Tinker Bell.

Luna & Vittorio, assis sur l'herbe.

- Vittorio, il faut que je vous dise quelque chose !
- Quoi donc Luna ?
- Je crois que je suis amoureuse de vous.
- (embarrassé) Je ne voudrais pas que vous le preniez mal mais croire n'est pas savoir…
- (sursautant) Oh ! C'est tout ce que ça vous fait ? Non croire n'est pas savoir… mais comment êtes vraiment sûre ?
- Je ne sais pas… par exemple, accepteriez-vous une demande de mariage de ma part ?
- Non, absolument pas.
- Ah ! Vous voyez !
- Mais ça ne veut rien dire, je peux tout simplement n'avoir pas foi dans le mariage.
- Certes.
- Quand on aime est-on obligé de s'attacher ?
- En général on se sent attaché à l'autre oui alors le mariage est un lien physiquement matérialisé je suppose…
- On s'en moque ! Non mais vraiment, a-t'on besoin de ça ? De le prouver ? Physiquement.
- Moi je crois que… un peu quand même… quoique d'après Sophia l'amour est un détachement.
- Ah oui… elle… je la déteste.
- Oh… vous voyez que vous avez aussi des sentiments précis aujourd'hui.
- Vraiment ? Je crois que vous n'avez rien vu. Non mais parce que là j'ai l'impression de devoir expliquer pourquoi je crois que je vous aime et c'est un tout petit peu odieux quand même. (petit silence) Et vous m'aimez-vous ? C'est quand même ça aussi : la peur que ce soit à sens unique.
- (gêné) … Mais… Luna, j'étais sorti pour me promener avec vous, je ne pensais pas que…
- Alors ça, ça veut dire non.
- Mais non !
- Mais si ! Oh mais allez-y j'ai bien compris hein… ce n'est pas grave.
- Si vous m'aimiez ce serait très grave pour vous ! Donc ne dîtes pas que ce n'est pas grave.
- Oui, c'est vrai… mais je n'en suis pas là. J'en suis à… enfin je ressens des sortes de sentiments étranges à votre encontre…
- L'inamoramento !
- Pardon ?
- L'inamoramento. L'amour naissant ! C'est le moment où l'amour se révèle. On ne sait pas, on doute beaucoup, on est un peu chaviré…
- Oui là je suis un peu chavirée, un peu chavirée de discuter. C'est pénible.
- J'ai eu cette discussion avec Tissia, c'est elle qui m'a parlé de l'inamoramento.
- Cette garce ? Qu'est-ce qu'elle y connaît au véritable amour ? C'est un terme technique pour elle, ça veut dire : vas-y, fonce sur ta cible, tu peux en faire n'importe quoi.
- J'ai eu cette impression…
- Elle a foncé sur vous ?
- Non non, personne ne fonce sur moi vous savez bien.
- Sauf moi.
- Oui et encore, vous n'avez foncé que deux secondes.
- Vous ne me prenez pas au sérieux ?
- Je prend l'amour au sérieux, ce n'est pas la même chose.
- Ah oui ? Alors vous pensez que j'invente ?
- Non, je pense que vous ne savez pas vraiment. Le truc c'est que si je vous disais que moi aussi je "crois" être amoureux de vous on pourrait s'élancer vers l'inconnu et se faire mal. J'essaie de nous prémunir. Parce que si il arrivait que nous tombassions amoureux ce serait merveilleux d'en être certains.
- Vous pensez qu'on en parle pour quoi ? Vous pensez que j'ai lancé ce sujet au hasard ?
- Non, bien sûr, c'était bien tenté. En même temps si on en parle autant c'est que nous ne sommes pas sûrs.
- Oui mais alors voilà, Sophia a dit aussi, j'étais là hein, moi aussi je peux me référer à ce qu'elle dit si ça m'arrange : "en amour, toute histoire est importante."
- C'était peut-être pas sa meilleure réplique.
- Alors là bravo, ça vous arrange bien en fait, vous êtes comme moi, vous ne savez pas. On se trouve dans une zone obscure là, on n'avance pas d'un pouce. Je n'en peux plus de ne pas savoir… Je préférerais un peu d'action, tiens !
- Et si je vous prenais dans mes bras…
- Ce serait très gênant, nous sommes dans un lieu public, on pourrait nous voir.
- Ah vous voyez ! Vous n'êtes pas prête !
- Ce n'est pas la question d'être prête, zut quoi ! ON N'EST JAMAIS PRÊT EN AMOUR et ça j'ai pas besoin de Tissia ou de Sophia pour le comprendre !
- Enfin ce serait mieux que je me jette sur vous sans vous demander votre avis.
- (soupirant) Oui. En fait ce serait mieux si on ne pensait pas, si on ne parlait pas, si on n'avait aucun avis. Sans tout ça on saurait peut-être au lieu d'y croire.
- Adam et Ève quoi.
- Voilà… tiens d'ailleurs, j'ai une pomme dans mon sac, vous la voulez ?

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"L'amour c'est un jour de pluie qui désire beaucoup de soleil."
VVK - 06/09

14.12.2008

Falling down

Les chroniques de Perle

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Sophia et Vittorio, sur les bords de Seine, île Saint Louis, une heure du matin.

- Comment allez-vous en juin Vittorio ?
- Je vais bien, j'essaie de m'approcher des flammes sans me brûler.
- Vous savez pourtant comment ça finit…
- Mal, ça se termine toujours mal et parfois ça ne commence même jamais.
- Pour ma part j'ai toujours pensé qu'il devait être préférable de monter plutôt que de tomber amoureuse.
- Mais quand on est amoureux on monte toujours assez haut pour avoir peur de tomber.
- Ah ! La peur, cette fameuse peur ! Vous avez peur vous ?
- Non, je m'en fiche de la peur, elle n'évite pas le danger mais j'ai découvert dernièrement qu'elle n'évitait pas les souffrances non plus. Voilà pour la nouveauté.
- C'est bien, vous progressez toujours, vous n'avez plus peur de vous brûler déjà.
- Non, je n'ai plus peur, ni des flammes, ni de me brûler, ni de rien.
- (se penchant au-dessus du parapet et regardant l'eau) Oui ! Oui c'est ça ! C'est bien de ne plus avoir peur, mais cela ne veut-il pas dire qu'à un moment vous ne sentirez plus rien, plus rien du tout et que vous serez comme une terre où plus rien ne pousse ?
- Je ne sais pas Sophia, je ne pensais pas que c'était si difficile d'aimer.
- Aimer vraiment ? C'est le plus difficile. Vous aimez vous, vous ?
- Oui.
- Très bien, vous avez l'esprit tranquille et le cœur disponible, vous n'avez pas besoin de chercher ça chez quelqu'un d'autre alors, c'est une bonne base.
- Je suppose que je suis à peu près comme tout le monde.
- Oui ! Oui mais voilà Vittorio on ne croit plus en rien, on ne croit plus en rien… On ne croit plus en l'amour, on fait des comptes communs, On ne croit plus en la vie, on s'assure pour un rien. On ne croit plus en l'instinct, on passe dix ans chez le médecin et on ne sait plus regarder une fleur s'ouvrir sous la rosée, on a besoin de savoir le fond de notre propre pensée quitte à arrêter de vivre. On ne sait plus rien que de s'assurer, se rassurer, se protéger et ce n'est pas pour ça qu'on ne souffre pas, on souffre d'autant plus qu'on n'est plus soi-même à force de vivre sous terre. Et parfois on s'écrie : Oh ! La belle lumière ! La belle lumière ! Elle est pour moi. Alors on sort de son abri, on tend la main et il arrive qu'on se brûle. Oh ! Pourquoi suis-je sortie de mon trou ? J'étais si bien en dessous, là-bas, où personne ne me voyait, pourquoi suis-je sortie pour me brûler ?
- Oui, c'est un peu ça la question : pourquoi ?
- Dès que vous posez cette question, vous êtes dans l'erreur Vittorio et je vous l'avait déjà dit.
- Je sais bien.
- Il n'y a pas d'explication à l'amour même s'il y en a pour la peur, pour le doute, pour la souffrance. L'amour est gratuit, c'est un tout, une énergie, vous vous connectez à elle et si vous n'êtes pas assez pur vous souffrez, vous souffrez de détruire tout ce que vous touchez. C'est comme le feu, c'est le seul élément qui peut se diviser sans s'amoindrir, à l'infini. si vous devenez le feu alors ne pensez pas à vous éteindre mais allez vous noyer dans un autre feu, ainsi vous continuerez de vivre en l'autre, à égale chaleur. Ne vous amoindrissez jamais, vous diminueriez tout ce que vous pourriez donner à l'autre.
- Tout ça me fatigue parfois vous savez Sophia, je me demande si ce n'est pas mieux d'être seul.
- Ce serait égoïste. Ce n'est pas vous. Quel intérêt ?
- La paix.
- Vous y arriverez bien assez vite à la paix, profitez des joies de l'existence croyez-moi. Cela vaut mieux. Nous sommes là pour ça, pour aimer. L'abdication est pire que la peur. Il y a pire que la peur ou la souffrance : n'être personne, être commun, ordinaire… et pourtant, moi aussi je pense ça parfois, je me dit : ce serait si simple de faire comme tout le monde et de ne pas chercher à me griser, de me mettre avec n'importe qui et d'attendre que ça passe. Mais je ne m'appartiendrai plus. Gardez ces mots en tête mon ami : posséder et appartenir. Appartenez à quelqu'un qui connaît votre valeur et cessez de vouloir posséder quoi que ce soit, nous ne faisons que passer, rien n'est à nous, jamais. Juste ce que nous échangeons d'émotions, de sentiments. C'est ça la beauté, c'est accepter l'éphémère. S'en contenter.
Alors si on souffre parfois il faut se dire que c'est aussi un moyen de se rappeler la valeur de la vie. Et ce que tout le monde cherche c'est un amour qui ne fasse pas souffrir, autant dire une aiguille dans une botte de foin. L'amour c'est toujours souffrir, il faut juste apprendre à souffrir un peu pour pouvoir s'émerveiller beaucoup. Et vous, vous êtes un rêveur Vittorio, alors vous allez souffrir beaucoup mais en même temps vous verrez des choses que bien peu verrons. Qu'en pensez-vous ?
- Que je n'ai pas le choix, on ne contrarie pas sa propre nature après tout.
- Oui. Donc, cette discussion était inutile.
- Sans doute…
- Si si, elle était inutile. Mais elle a juste permit de nous asseoir et de contempler la Seine, les lumières de la nuit, de sentir le vent sur notre peau. Elle a juste permit d'avoir quelque chose à nous dire. Rien n'est important à part l'espoir, l'amour et savoir qu'on existe.

12.12.2008

Vices

n563419369_1816808_4817876.jpg[Petit bonus, avant la publication du chapitre 7]

Les chroniques de Perle

Vittorio, à la terrasse d'un café. Tissia arrive inopinément.

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- Je peux m'asseoir ?
- Vous ! Ici !
- Bah oui, moi et ici aussi sinon vous ne me verriez pas… Restons logiques quand même.
- Je croyais que nous étions fâchés.
- Oh… bah… oui on n'a qu'à redevenir fâchés après si vous voulez. On fait une petite trêve, ça mange pas de pain quoi. Allez ! Aujourd'hui c'est mon anniversaire, je peux venir causer avec vous un peu, ça fait comme un petit cadeau en plus.
- …
- Bien.
- Par contre, c'est étrange parce que j'ai rêvé de vous l'autre nuit.
- Ah oui ? (glousse) C'était comment ? Je peux savoir ? On faisait quoi ?
- Vous me regardiez. C'est étrange parce que je rêve de vous et vous voilà !
- En même temps ça ne fait que 3 mois qu'on ne s'est pas vus.
- Oui mais vous voilà !
- Ah ça oui on peut le dire mon chou, me voilà ! Ah !
- Par contre ça me dérange et me navre que vous veniez dans mes rêves comme ça à tout bout de champ. Donc ça tombe bien que vous soyez là, que je vous en informe.
- Oui, je comprend, mais en même temps j'y peux rien moi. Je veux dire je fais pas exprès d'arriver comme ça dans vos rêves. Vu qu'on est fâchés je me permettrais pas.
- J'entend bien. Cela dit, c'est fait, c'est fait.
- D'accord. Soit. Absolument. Mais oui. Voilà. Bien. J'en suis fort aise. Ravie de l'apprendre. J'agrée. Mais… tout de même, il se pourrait que je n'y sois vraiment pour rien ! C'est possible de l'accepter ? Je veux dire… vous pouvez faire cet effort ? Comprendre que je n'apparais pas dans vos rêves par la seule force de ma volonté ?
- Oui mais c'est troublant, parce que d'un côté je rêve de vous, et de l'autre vous voilà ! C'est un peu bizarre.
- Oui on est bien d'accord mais… (plus bas) et là je regrette presque de m'être assise hein… il serait peut-être plus intéressant de se dire que c'est une coïncidence. Vous connaissez ce concept ?
- Oui, je vois très bien.
- Donc c'est la faute à personne.
- C'est frustrant.
- Oui mais vous savez, si on essaie de trouver un fautif, c'est vers vous qu'on doit se tourner. Parce que moi, vous voyez, je ne rêve pas de moi !
- Ah oui, ça, effectivement, c'est une preuve.
- Bien, je ne vais pas vous déranger plus longtemps.
- Et si vous revenez dans mes rêves ? Je fais quoi ?
- Vous n'aurez qu'à me souhaiter mon anniversaire par exemple ! Ah !